« Bâtir de nouvelles solidarités » : la thématique avait été choisie plusieurs mois avant la pandémie par la Fédération des Mutuelles de France pour son congrès de juin*. En mars, dans le cadre du tour de France préparatoire à ce rassemblement, la Mutuelle Smh avait mobilisé acteurs du mouvement social et salariés pour y réfléchir. A la lumière de la crise sanitaire, reconquérir des droits délités de toutes parts devient encore plus urgent.

Quels sont les besoins sociaux et de santé non couverts par le système actuel ? Quelles nouvelles formes de solidarité pourrait-on mettre en œuvre ? Telles ont été les questions posées aux militants qui travaillent aux côtés des plus précaires.

Acteurs du mouvement social

Accueillis par Carole Moreira et Béatrice Torrez, présidente et vice-présidente de la mutuelle, en présence de Pascale Vatel, secrétaire générale de la Fmf, le Secours populaire, l’épicerie solidaire d’Halluin et le Secours catholique avaient répondu présent.

« Le thème de la santé est parmi les plus difficile à aborder pour les personnes que nous accom­pagnons et qui poussent notre porte d’abord pour l’aide alimentaire, constate Jean-Louis Callens, le secrétaire général de la fédération du Nord du Secours populaire. Nous traitons ensuite progressivement leurs besoins et tous nos efforts consistent à faire que la santé ne soit pas taboue. Grâce à un réseau de partenaires, nous proposons des dépistages et nos référents santé accompagnent les plus vulnérables jusqu’au bout des soins. »

Alimentation et santé

Michèle Nollet, présidente de l’épicerie solidaire d’Halluin, fait le lien. Comment bien se nourrir quand on souffre d’une maladie chronique et que s’alimenter tout court est déjà un problème ? « Notre aide permet à certains malades d’accéder à de bons produits qu’ils ne pourraient se procurer ailleurs. »

L’accent est mis également sur les conditions d’accès aux droits. Pour Bernard Schricke, délégué régional Hauts-de-France et Normandie du Secours catholique : « Contre l’exclusion sociale, les dispositifs sont complexes d’accès et de moins en moins automatiques. L’accom­pagnement administratif par nos bénévoles est nécessaire. »

Toujours plus de personnes en inva­lidité, de travailleurs pauvres et des demandeurs d’asile en péril en raison du durcissement incessant des conditions d’accueil… autant de situations qui se révèlent dramatiques. Les trois associations se rejoignent sur un autre constat : les retraités sont de plus en plus nombreux à solliciter de l’aide.

Pour tous, il est de plus en plus important de maintenir le lien social, car « la pauvreté isole », rappelle Bernard Schricke. Au Secours po-­
pulaire, « nos ateliers de bien-être ou de coiffure tentent de redonner confiance », tandis que l’épicerie solidaire d’Halluin remue ciel et terre afin que les bénéficiaires puissent aussi partir en vacances.

Tous insistent sur l’importance de la pédagogie et de l’information « dans une époque où tout est devenu complexe ». Le Secours catholique partage son expérience des carrefours des savoirs issue du Collectif de la protection sociale solidaire. La formation et le renouvellement des bénévoles sont également des besoins indispensables.

Pascale Vatel termine en rappelant l’importance des échanges comme ceux partagés cet après-midi-là pour mettre en commun les approches destinées à défendre ensemble la solidarité : « L’accès à la santé n’est pas un privilège mais un droit attaqué de toutes parts. » Il est urgent de combattre la mar­chan­disation de la santé et de la pro­tection sociale et de défendre les ­services publics.

Les salariés

Essentiels remparts contre les inégalités, les mutuelles doivent veiller à maintenir leur fonctionnement militant. Comment susciter l’envie de s’engager tout en rajeunissant et en féminisant les instances ? La question est cette fois posée aux salariés de la Smh.

De nombreuses idées ont émergé de ces ateliers : nécessité d’accorder un vrai statut à l’élu mutualiste, mise en place de tutorat entre anciens et nouveaux élus, possibilité de s’appuyer sur le réseau d’ambassadeurs sur le terrain et  volonté d’avoir plus de temps d’échange. En ce qui concerne les femmes salariées, elles seront plus nombreuses à intégrer les instances si des gardes d’enfants sont prévues, si on met en lumière davantage les actions de prévention des maladies féminines.

Pour s’adresser aux plus jeunes, la communication doit toujours et encore se renouveler afin de l’adapter à leurs codes : « Avant de travailler ici, je ne savais pas la différence entre une mutuelle et une assurance », précise un salarié. Aller au contact des étudiants, réfléchir à des événements tels que des festivals ou des concerts sont aussi des pistes.

Carole Moreira a conclu sur l’importance de la pédagogie à tous les niveaux : afficher et assumer le positionnement et les valeurs fondatrices de la mutuelle et toujours revenir à la proximité et au terrain. « Ce sont là nos racines. » 

Marie-Hélène Olla

* La pandémie de Covid-19 a finalement conduit au report du congrès à une date ultérieure, non encore connue au moment où Viva est imprimé.