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Décembre 2017

L'innovation en santé

Chaque début d’année, il est de tradition de se souhaiter une bonne santé. Or, les avancées en la matière sont nombreuses, surtout dans le domaine de l’e.santé. Viva a sélectionné pour vous des innovations qui ont déjà commencé à changer notre quotidien.

Appliquées à la santé, les nouvelles technologies ont entraîné de profonds bouleversements. Objets connectés, applications mobiles, téléconsultations pour lutter contre des déserts médicaux, opérations chirurgicales effectuées par des robots… l’innovation est partout. Elle permet une meilleure prévention, un diagnostic rapide et précis pour offrir un traitement personnalisé au patient, mais aussi une étude plus fine des maladies, des épidémies, etc.

Les bémols

Si elles peuvent être d’une grande aide pour le médecin comme pour le malade, les nouvelles technologies ne remplaceront jamais la relation indispensable entre eux. La protection des données de santé disponibles numériquement et la garantie de l’égalité de l’accès aux soins sont des questions capitales qui doivent rester au coeur de la réflexion sur l’innovation en santé.

La télémédecine, une pratique à développer

La télémédecine pourrait aider à pallier le déficit de professionnels de santé dans certaines régions. Pourtant, depuis 2010, année de parution du décret relatif à la télémédecine, cette dernière peine à s’installer en France, alors même que chaque projet mené prouve son efficacité, surtout pour les malades chroniques. Généralisée, elle pourrait faire économiser, selon la Cour des comptes, 2,6 milliards d’euros à la Sécurité sociale.

De quoi s’agit-il ?

La télémédecine utilise des technologies de télécommunication pour élaborer des diagnostics ou encore mettre en oeuvre des soins de santé à distance. La téléconsultation est une consultation en visioconférence. Elle a prouvé son efficacité, en particulier dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). En Nouvelle- Aquitaine,plus de 1 000 consultations ont été menées avec le Chu de Bordeaux pour suivre et traiter les maladies chroniques des personnes âgées. Avantages pour les patients : pas de transport, pas d’attente, participation des soignants de l’Ehpad à la consultation… La téléconsultation permet aux malades chroniques de faire un point régulier avec des infirmiers sur leur état de santé.

Peut-on imaginer l’étendre à tous ?

« Jusqu’à présent, on manquait de modèle économique pour étendre téléconsultations et télémédecine en général à tous les malades. Certaines mutuelles prennent en charge la téléconsultation, via une plate-forme dédiée, mais cela dépend des contrats, explique Lydie Canipel, secrétaire générale de la Société française de télémédecine. Une évaluation a été menée et, en 2018, tous les assurés sociaux pourront bénéficier de ce service, car la Sécurité sociale veut l’inscrire dans le circuit de remboursement. »

Comment ça se passe ?

Le patient qui dispose d’un ordinateur est mis en relation avec un médecin qui établira un diagnostic, puis une ordonnance sera envoyée directement au pharmacien ou au patient luimême. Un compte rendu de la consultation sera aussi transmis au médecin traitant pour ne pas court-circuiter le parcours de soins.

La télésurveillance par des professionnels de santé

Il existe des plates-formes de télésurveillance pour les insuffisants cardiaques. Elles permettent d’observer leurs paramètres physiologiques, de détecter les signes précoces de décompensation et d’éviter des hospitalisations. Divers dispositifs (balance connectée, applications...) envoient les données à un infirmier, qui les analyse, évalue le risque et éventuellement alerte le cardiologue. Un accompagnement téléphonique et/ou par Sms est prévu dans certains cas. Ce service existe aussi pour les diabétiques. L’infirmier surveille la glycémie du malade, prescrit si besoin d’autres examens et prévient le diabétologue en cas d’incident.

Les nouvelles stars

Les robots chirurgiens

Ils sont de plus en plus utilisés, surtout en urologie. Le chirurgien est installé derrière une console ergonomique. L’appareil lui donne une vision en 3D de la zone à opérer. La machine traduit chacun de ses mouvements et les reproduit en plus petit et plus précis dans le corps du patient. La machine corrige ses éventuels tremblements de fatigue, ce qui permet de réaliser des chirurgies plus complexes et plus longues. C’est aussi une chirurgie moins invasive, et le patient récupère mieux. Petit hic : une opération au robot coûte entre 1 000 et 2 500 € sans prise en charge spécifique par la Sécurité sociale. Mais à la clinique mutualiste de Pessac, en Gironde, où un robot est utilisé en urologie, un accord avec la Mutualité française permet d’éviter tout surcoût aux malades. A l’Institut universitaire du cancer de Toulouse Oncopole, on utilise des robots en Orl et en gynécologie, pour l’opération du cancer du col de l’utérus. La précision préserve l’utérus et donc la fertilité, ce que la même intervention par coelioscopie ne permet pas. Bientôt, les robots seront utilisés en chirurgie pédiatrique et thoracique.

Les robots « compagnons »

Ils sont testés en gérontologie et dans les Ehpad. Objectifs : procurer des émotions, du plaisir aux personnes âgées présentant ou non des troubles cognitifs. A l’Ehpad de Cauro, en Corse-du-Sud, une ergothérapeute travaille avec un robot à l’allure de bébé phoque en peluche. Les pensionnaires peuvent le caresser, lui parler. Doté de huit moteurs et de douze capteurs, il est capable de réagir à des caresses. Une expérience positive, qui favorise la communication et diminue l’agressivité. Des études sont en cours pour mesurer l’impact du robot sur la consommation d’antidouleurs. Dans les hôpitaux, d’autres robots sont présents pour accueillir et guider les patients dès leur arrivée. En Europe, plus de 400 hôpitaux, centres de soins, maisons de retraite, écoles, centres d’accueil spécialisés utilisent des robots.

Les objets connectés : prévention et suivi des malades

Selon le dernier sondage Odoxa, réalisé en 2016, 43 % des Français utilisent des objets connectés pour suivre leur état de santé ou leur activité physique. Et pour sept à huit interviewés sur dix, c’est une opportunité en termes de prévention ou de soins. Ils y voient également un bon moyen pour aider au maintien à domicile des personnes âgées.

La French Touch

Parmi toutes ces innovations dans le domaine de la santé, les jeunes Français tirent leur épingle du jeu. Antoine Noel et Damien Bratic ont créé Atlas, un exosquelette qui soulage les maux de dos chroniques (photo en bas à droite). C’est un corset connecté qui porte le poids du haut du corps, réduisant ainsi la charge sur la colonne vertébrale. L’interface propose un programme de rééducation et un suivi interactif, qui complète celui du médecin. Hugo Mercier, lui, a développé Dreem, un dispositif qui envoie des stimulations auditives au cerveau pouvant moduler l’activité cérébrale de nuit et améliorer de manière significative la qualité du sommeil (photo en haut à gauche). Quant à Thibault Duchemin, il a créé une application, Ava (image en bas à gauche), pour personnes sourdes et malentendantes. Elle permet de transcrire sur smartphone, sous forme écrite et en temps réel, les voix et messages d’une conversation avec plusieurs participants.

De son côté, la société française Genious développe des jeux vidéo thérapeutiquesfaisant l’objet d’une évaluation clinique auprès de professionnels de santé. « Les patients, du plus jeune au plus âgé, sont de grands joueurs », explique Pierre Foulon, directeur du pôle numérique. L’un de ces jeux, X-Torp (image en haut à droite), aide le malade d’Alzheimer à stimuler ses fonctions cognitives et physiques. Il est invité à jouer sur une plate-forme et ses résultats sont envoyés à un référent en santé qui les analyse, voit la progression du patient et adapte les épreuves.

Le jeu est en accès libre et le suivi avec le soignant est disponible sur abonnement. D’autres jeux existent pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson et pour les jeunes autistes.

Qu’est-ce que le « big data »…

Le « big data » ou « mégadonnées », ce sont des données produites massivement par des machines, grâce aux nouvelles technologies. Le big data en santé permet de mettre en relation toutes les informations afin d’obtenir une idée plus précise de la problématique médicale traitée. Par exemple, dans les services de soins intensifs, où le nombre de paramètres sur le malade (qui est relié à plusieurs machines) est très important, le big data permet de synthétiser, de croiser et d’analyser les informations. Les soignants ont à leur disposition une première analyse du diagnostic qu’ils peuvent enrichir et préciser par la suite. Cela leur permet de bien suivre le patient et de répondre au mieux à ses besoins.

En cancérologie, ces données numériques massives permettent de suivre le génome de chaque patient, l’évolution de ses cellules tumorales mais aussi de sa vie quotidienne mesurée grâce aux objets connectés. Avec pour objectif de définir des traitements de plus en plus personnalisés. Pour sécuriser ces informations, la France s’est dotée, en 2016, d’un Système national des données de santé (Snds). C’est l’une des bases de données les plus importantes au monde.

…et les données de santé ?

Quand on parle de données de santé, on parle des données biochimiques (analyses du taux de sucre dans le sang, résultats de biopsie...), des marqueurs tumoraux (dans le cas d’un cancer), hormonaux, de toute l’imagerie médicale (Irm, scanner, radios…), des données de base du patient (poids, âge, taille, tension artérielle, mesure du rythme cardiaque...) et de sa vie quotidienne collectées par les objets connectés (résultats sportifs, régime spécifique...).

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