Reste à charge zéro mais aussi médecine douce ou sport sur ordonnance : la Mutuelle des services publics fait bouger les lignes en 2021. Entretien avec Cyril Frizon, son directeur général.

La crise ­sanitaire et ­économique a bouleversé l’année 2020. Comment ­appréhendez-vous 2021 ?

Se projeter est devenu particulièrement difficile. 2021 est une grande inconnue, y compris pour nous. Nous ne sommes ni vraiment optimistes, ni vraiment pessimistes. L’essentiel est de rester focalisé sur la mission qui est la nôtre : faciliter l’accès aux soins. Cette période nous a amenés à nous interroger, de manière très crue, sur notre système de santé. Les Français ont redécouvert l’importance des professions de santé et de l’offre de soins. Nos mutuelles ont toute leur place dans ce contexte troublé. L’enjeu est d’ailleurs, peut-être, de réussir à partager et faire connaître notre vision. Beaucoup ignorent encore nos valeurs.

Le 1er janvier marque l’entrée en vigueur du 3e volet de la réforme dite du « 100 % Santé ». Vous pouvez dresser un bilan des deux premiers ?

L’année 2020 devait nous permettre de tirer les premières conclusions quant au fameux reste à charge zéro pour les soins dentaires et optiques, ce qui est impossible vu ces boulever­sements. Dès janvier, les aides auditives seront également concernées. Sur le fond, nous ne pouvons que saluer un dispositif qui offre aux adhérents d’être s’appareillés sans avance de frais. Les prothèses auditives ont un coût important, environ 2 000 euros par oreille. L’aspect financier est donc un frein à l’équipement. Ce que nous regrettons, c’est la forme : un financement reposant en grande partie sur les complémentaires et pas mal de personnes laissées sur le carreau. Maintenir notre esprit mutualiste, tout en gardant un équilibre économique viable est un vrai défi.

D’autres évolutions sont-elles attendues ?

Ces prestations « réglementaires » chamboulent nos garanties, ce qui nous amène à repenser la construction de nos gammes santé. Nous avons voulu prendre appui sur les contraintes liées à la réglementation pour proposer une véritable amélioration de nos prestations. L’orthodontie sera mieux prise en charge pour les enfants. Trois garanties sur quatre verront une amélioration du forfait reconstructions capillaire et mammaire pour les femmes atteintes d’un cancer. Le nombre des séances d’ostéopathie, d’étiopathie et de sophrologie augmentera aussi.

Vous mettez aussi en place une prise en charge du sport sur ordonnance…

Oui, nous voilà pleinement dans le rôle de la mutuelle. Nous savons pertinemment qu’une activité sportive adaptée apporte une forme de bien-être, de la mobilité, de la souplesse et fait renouer avec une vie sociale. Le sport prescrit par un médecin aux personnes souffrant d’une affection longue durée n’est pas remboursé par la Sécurité sociale. Malheureusement, la maladie est souvent accompagnée d’une perte de revenus. Grâce à ce type de contribution, nous sortons des prestations conventionnelles. La prise en charge sera de 200 à 360 euros par an.  

Propos recueillis par Laureen Borghese