Certes, ce sont les personnes âgées qui ont payé, en termes de santé, le plus lourd tribut à la crise sanitaire, et la crise touche toutes les générations, mais ce sont les jeunes qui vont payer l’addition en termes économiques et sociaux.

Léa, en classe de terminale, ne se reconnaît plus. Elle pleure tout le temps, n’a envie de rien. Certes, les lycées sont ouverts : « On voit un peu les copains, on fait un peu de sport. » Mais malgré tout, « je me sens très mal », ajoute la jeune fille. Tom, lui, devrait être en Erasmus à Barcelone : « Tous les départs ont été annulés. Toutes les universités sont fermées. Les cours se déroulent en visio le soir pour que nous soyons connectés en même temps que les étudiants latino-américains. La journée, je glande. » Emile n’a pas trouvé de stage pour valider son Dut d’informatique. Camille qui, comme des milliers de jeunes, travaillait dans la restauration, ne peut plus payer son loyer. Sa famille ne peut pas l’aider et, à vingt-trois ans, elle n’a pas droit au Rsa. En dehors des allocations logement, et des quelques aides ponctuelles de l’Etat, elle n’a plus de revenu. La liste pourrait être infinie de tous ces jeunes frappés par la crise. Une étude Elabe pour le Cercle des économistes révèle qu’un quart des 18-24 ans rencontre des difficultés à payer ses factures. Avec la perte des petits boulots et la fermeture des restaurants universitaires, ils arrivent par centaines dans les distributions alimentaires.

La crise casse tous les projets

Certes, ce sont les personnes âgées qui ont payé, en termes de santé, le plus lourd tribut à la crise sanitaire, et la crise touche toutes les générations, mais ce sont les jeunes qui vont payer l’addition en termes économiques et sociaux : « Ils sont frappés alors qu’ils sont
à des périodes stratégiques de leur vie, lesquelles, si elles sont mal négociées, peuvent avoir des conséquences très importantes sur leur vie future : études, entrée dans la vie professionnelle, mise en couple. On leur a coupé les ailes. La crise casse tous les projets. Elle fait exploser les inégalités entre ceux qui ont une famille qui peut aider et les autres », analyse la sociologue Claudine Attias-Donfut*.

Les psychiatres sont inquiets. Avant la Covid-19, le suicide était déjà la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. « Les confinements ont arrêté le développement des jeunes dans une période où on est particulièrement vulnérable, alerte Marie-Rose Moro, directrice de la Maison de Solenn. On constate beaucoup d’affects dépressifs et suicidaires. Cette situation demande beaucoup de réactivité. Elle est plus difficile encore pour les plus fragiles, ceux qui étaient déjà déprimés, connaissaient des troubles alimentaires et pour les plus précaires qui n’ont pas forcément les conditions nécessaires pour résister. » Une génération Covid, une génération sacrifiée.

Les jeunes se paupérisent

Trouver des solutions à la situation sociale des jeunes serait déjà un grand pas pour leur permettre de retrouver la santé psychique. Car comment ne pas craquer lorsqu’on se retrouve à vingt-trois ans parmi les 750 000 jeunes arrivés en septembre 2020 sur un marché du travail laminé et qui seront bientôt rejoints par la seconde vague à la rentrée 2021 ? Dans son dernier rapport, l’Observatoire des inégalités dénonce une situation d’autant plus inquiétante que cette crise frappe une population jeune qui se paupérise depuis une vingtaine d’années. Parmi les 5 millions de pauvres comptés en France en 2017, près de la moitié a moins de trente ans. «Le xxe siècle a été celui de la pacification des relations entre générations grâce à la protection sociale, explique Claudine Attias-Donfut. Avant le minimum vieillesse, créé dans les années 1970, les pauvres, c’étaient les vieux. Aujourd’hui, ce sont les jeunes. On ne va plus pouvoir faire l’économie d’un débat sur les politiques en faveur de la jeunesse, sur l’ouverture éventuelle du Rsa aux 18-25 ans ou sur la création d’un revenu d’existence. »

Un dossier toujours écarté en raison de la vision selon laquelle le versement d’une allocation sans contrepartie inciterait à la paresse. Une idée démentie par le prix Nobel d’économie Esther Duflo qui, dans ses études sur la pauvreté, démontre que plus on aide les plus fragiles, plus leur capacité à rebondir est grande.

* Autrice, avec Martine Segalen, d’Avoir 20 ans en 2020, éd. Odile Jacob, 21,90 €.

SE FAIRE AIDER

Face à la détresse des étudiants, des dispositifs spécifiques sont mis en place.

  • ecouteetudiants-iledefrance.fr (téléconsultations possibles)
  • www.nightline.fr (un service d’écoute à Paris, Lille et Lyon).

À QUAND LA PRISE EN CHARGE DES PSYCHOLOGUES ?

Depuis fin 2018, l’assurance maladie teste, dans quatre départements, le remboursement des consultations des psychologues libéraux. Indispensable quand elles coûtent environ 50 €, que les centres médico-psychologiques sont surchargés et que les psychiatres de ville ne prennent presque plus de nouveaux patients. Cette crise permettra-t-elle d’élargir ce dispositif ?