Patrick Lemoine est Psychiatre et Directeur d’enseignement clinique à l’université Claude Bernard de Lyon. Il est l’auteur avec Boris Cyrulnik de “Histoire de la folie avant la psychiatrie” (Editions Odile Jacob 2018) et de “la santé psychique de ceux qui ont fait le monde” (Odile Jacob 2019)

Vous menez une véritable guerre contre les benzodiazépines ? Pourquoi ?

Parce que ce sont des produits extrêmement dangereux. Malheureusement en France, nous sommes de très gros prescripteurs de ces médicaments, en seconde position après l’Espagne. Les personnes qui en prennent ne sont pas des consommateurs occasionnels. Ils les utilisent depuis 20 ou 30 ans. Ils ne parviennent pas à sans passer. Depuis 15 ans, je n’en prescris plus à des gens qui n’en n’ont jamais pris. Pour les autres, je tente de mettre en place un sevrage qui est très compliqué.

C’est à dire ?

On ne peut pas arrêter ces produits brutalement. Ce sont de véritables poisons… Le sevrage doit être extrêmement doux à raison d’un quart de comprimé en moins par mois. Si les comprimés ne sont pas sécables, il faut les couper. Le sevrage peut parfois durer un an. Il faudrait à terme les retirer purement et simplement de la circulation.

Pourquoi les utilise-t-on encore ?

Souvent parce que faire dormir les gens sans médicaments prend plus du temps. Il y a aussi un vrai manque d’informations des généralistes, ceux qui à 85 % prescrivent ces médicaments. J’organise régulièrement des tours de France pour informer sur cette question.

Vous êtes radical sur cette question

Je suis radical en effet et à raison je crois. Ces médicaments ne font pas dormir. Ils se contentent d’anesthésier. C’est un “faux” sommeil qui ne peut pas jouer pas son rôle protecteur contre les maladies. Un bon sommeil est la meilleure des prévention face à de nombreuses pathologies. Une chose est stupéfiante avec ces médicaments. Moins vous en prenez, mieux vous dormez.

On a longtemps associé benzodiazépines et antidépresseurs. Les premiers devant calmer l’anxiété générée par les seconds. qu’en pensez-vous ?

Il y a vingt ans, en effet, on disait que les antidépresseurs pouvaient en début de traitement déclencher des passages à l’acte suicidaire. Non seulement, cela n’a jamais été démontré mais à l’inverse on sait aujourd’hui que les anxiolytiques augmentent la “suicidalité”. Aussi pour éviter un risque qui n’existe pas on crée des problèmes réels.

Comment mieux dormir autrement ?

La première règle est de se lever et de se coucher à heures fixes. Il faut savoir aussi que nous avons des horloges dans le cerveau qui fonctionnent comme un thermostat. Pour avoir un bon sommeil profond, il faut que la température baisse au coucher et remonte le matin. Il faut aussi un fond de lumière pour un bon réveil. Voilà pourquoi une douche très chaude le matin est souvent indiquée. On peut aussi utiliser les techniques japonaises qui consistent à prendre la nature à contrepieds.

C’est à dire ?

Prendre un bain brûlant une ou deux heures avant le coucher. Celui ci va entraîner une thermorégulation du corps. L’organisme va automatiquement faire baisser sa température.

Quelles sont les autres pistes de recherche sur le sommeil ?

Une conférence de consensus a démontré tout l’intérêt de la mélatonine dans le sommeil.