Sidération face à l’ampleur de la crise sanitaire, confinement, déconfinement par étapes, puis vacances pour ceux qui ont eu la chance d’en prendre : nos vies ont connu de nombreuses perturbations et ruptures de rythme ces derniers mois, et c’est peu dire que nous sommes déboussolés… Mais la rentrée est là, et il est temps pour chacun de retrouver des repères, son équilibre et le chemin des cabinets médicaux, que ce soit pour le suivi de maladies existantes – bien négligé par les Français pendant la crise du Covid –, que dans le cadre de la prévention. En bref, il s’agit maintenant de reprendre sa santé en main. Et si nous en profitions également pour conserver quelques bonnes habitudes acquises durant la crise ? Sport, cuisine faite maison ont remporté un succès certain durant le confinement… Alors, on continue ?

Retrouver son équilibre

Les Français ont été malmenés psychologiquement durant la crise de la Covid-19. Il a fallu apprendre à vivre dans un univers contraint, se réorganiser en catastrophe en télétravail, gérer la frontière entre vie professionnelle et personnelle, affronter ses angoisses quand on continuait à œuvrer sur le terrain, ou que l’on avait perdu son travail du jour au lendemain. C’est un fait : la crise a été aussi psychosociale. 47 % des salariés français se sont retrouvés en détresse psychologique pendant le confinement, dont 21 % ont développé des troubles mentaux plus ou moins sévères. Ces derniers ont aussi déclaré avoir connu plus de problèmes physiques : sommeil perturbé, douleurs musculo-squelettiques, maux de tête, problèmes digestifs et cardiovasculaires (source baromètre Opinion Way pour Empreinte humaine). La consommation de somnifères a augmenté de 7 % pendant les dernières semaines de confinement (chiffres Ansm). Dans la sphère intime, la période a aussi été celle des grands bouleversements. Si de nombreuses familles ont profité de ce temps retrouvé avec les leurs, toutes n’ont pas eu cette chance. Le quotidien avec les enfants ou les ados s’est parfois avéré infernale et de nombreux couples ont vu leur relation mise à mal.
Pis, les violences conjugales se sont multipliées, obligeant le gouvernement à mettre en place un plan d’urgence. Et alors que l’on aurait pu penser que le déconfinement allait apporter du mieux, il n’en a rien été. A l’inverse, le changement de rythme a réactivé bien des angoisses, car notre cerveau n’aime pas les modifications brutales :
« Avec le déconfinement, on est sorti de sa “ bulle de protection ”. Toutes les questions que se posaient les salariés sur l’avenir de leur entreprise, de l’économie et de leur poste sont devenues réelles », explique Didier Meillerand, délégué général du Psychodon*. En cette rentrée, de nombreuses entreprises risquent de demander à leurs salariés de travailler plus pour limiter les effets de la crise économique : « Si les entreprises persistent à mettre la performance économique avant la santé psychique des salariés, il y a un risque de burn-out généralisé », alerte Didier Meillerand.

Ne pas hésiter à se faire aider

Certains reprendront leur vie sans problèmes. Chez d’autres, la crise laissera des traces profondes pouvant aller jusqu’au stress post-traumatique. Il faut se poser des questions dès lors que l’on se sent angoissé, agressif ou à l’inverse apathique sans énergie ; si l’on a des idées noires, des ruminations ; si l’on dort trop ou pas assez, ou que l’on se réveille en pleine nuit ou aux aurores ; si sa consommation de tabac, d’alcool et/ou de substances psycho-actives a augmenté… Le premier interlocuteur est le médecin traitant. Il orientera vers un spécialiste si nécessaire. Dans le cadre professionnel, si la nouvelle organisation du travail vous épuise, n’hésitez pas à vous tourner vers le médecin du travail. Les élus du comité social et économique (Cse) veillent à promouvoir la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés au sein de l’entreprise. Dans celles dont l’effectif est supérieur à 50 salariés, il procède à l’analyse des risques professionnels et préconise des actions de prévention.

* L’association Psychodon vise à sensibiliser aux maladies psychiques et à collecter des fonds pour financer des projets (recherche, accompagnement des personnes concernées).

Téléconsultations : le boom

1 million de téléconsultations par semaine ont été réalisées pendant le confinement. Si elles apportent un service complémentaire et réel aux patients, elles ne peuvent remplacer totalement les visites en cabinet. Discutez-en avec votre médecin traitant.

Reprendre le chemin des cabinets médicaux

Peur de se rendre chez le médecin, volonté de ne pas «encombrer» des services hospitaliers débordés… de nombreux patients ont renoncé à se soigner pendant la crise sanitaire. Durant la pandémie, les cabinets des généralistes ont enregistré une baisse de fréquentation de 40 % et les spécialistes, de 50 % (chiffres de l’assurance-maladie). Du côté des malades, 41 % estiment que leur parcours de soins a été modifié du fait de la pandémie, dont 28 % pensent que l’impact sur leur santé a été négatif.

Prendre sa santé en charge

Aujourd’hui, les patients doivent reprendre contact avec leurs médecins, généralistes et spécialistes, le plus vite possible, car les délais de rendez-vous risquent d’être très longs. Ce qui peut être problématique pour certaines maladies qui ne seraient pas traitées à temps. « Les troubles cardiaques et neurovasculaires continuent à tuer. Il y a chaque mois 12 000 accidents vasculaires cérébraux, rappelle le Pr Ariel Cohen, président de la Société française de cardiologie. Le suivi et les bilans sont primordiaux. » Les dentistes aussi demandent à leurs patients de ne pas oublier leur visite annuelle. France Assos Santé*, dans son dernier rapport, s’inquiète pour les malades psychiatriques, qui risquent des épisodes de décompensation plus importants. « Dans le secteur médico-social, tous les soins pour les personnes handicapées et âgées, comme la kinésithérapie ou l’orthophonie, doivent reprendre, car leur report a entraîné une perte de chance et d’autonomie », insiste l’association. Pour les maladies chroniques, quand le diagnostic clinique le permet, la téléconsultation est un bon moyen d’avoir un suivi médical. La Haute Autorité de santé recommande aux patients fragiles et aux parents de nourrissons de faire le point sur leur vaccination, de toute urgence. L’allongement du délai entre deux injections ne nuit pas à la qualité de la réponse immunitaire ; seules les doses manquantes et le premier rappel doivent être administrés ; l’utilisation de vaccins combinés est à privilégier et il est possible de réaliser jusqu’à quatre vaccinations en une seule injection.

* Union d’associations d’usagers du système de soins.

Interview

Pr Axel Kahn, généticien, président de la Ligue contre le cancer depuis 2019.

« RENDEZ-VOUS DANS LES CENTRES DE DÉPISTAGE »

Quels effets le confinement a-t-il entraîné pour les malades du cancer?
Le confinement a entraîné des reports ou des annulations de traitements, une limitation des aides à domicile, un arrêt des soins de kinésithérapie ou de la prise en charge de la douleur, ou encore une interruption du suivi psychologique. C’est une perte de chances considérable pour les malades. Celles et ceux qui, pendant le confinement, ont remarqué une petite boule dans le sein, une grande fatigue, du sang dans des crachats… ne sont pas allés consulter, comme ils l’auraient sans doute fait en temps normal. Or, un diagnostic tardif, c’est un processus de soin tardif, donc plus lourd, avec des chances de rémissions moindres. C’est une difficulté qui se profile pour notre système de santé.

Pourquoi ces malades ont-ils moins consulté pendant cette période?
Ils ont eu peur d’être contaminés parce qu’il régnait un climat anxiogène, surtout au début de la crise. On s’en souvient, le discours ambiant a été très insistant sur le risque accru pour les malades cancéreux de développer des formes graves de Covid-19. Heureusement, cela ne s’est pas confirmé, le facteur de risque majeur restant l’âge.
Mais par-dessus tout, les malades du cancer se sont sentis abandonnés. Ils se sont retrouvés seuls, surtout au début du confinement. Ils n’arrivaient plus à contacter leur oncologue ou leur médecin. On leur disait que leur opération était repoussée. Mais jusqu’à quand? Ils n’avaient pas de réponse.

Quel est votre message en cette rentrée?
Que les malades retrouvent vite le chemin des soins, du dépistage. Deux mois de retard dans le diagnostic, ce n’est pas catastrophique pour la plupart des cancers. Mais il ne faut pas traîner car il peut y avoir des embouteillages, des temps d’attente plus longs, c’est pour cela que notre conseil est de se rendre dans les centres de dépistage tout de suite.

Sport, on continue?

C’est la bonne nouvelle du confinement. Trois quarts des Français ont pratiqué une activité physique pendant le confinement (enquête Ifop pour Fitness magazine) et presque les deux tiers l’ont fait chaque semaine. Beaucoup ont découvert les cours en ligne. Et 24 % d’entre eux avouent que le sport a été un bon prétexte pour sortir de chez eux. Qu’importe la motivation : les bonnes habitudes sont là. Alors, on continue ? L’Académie nationale de médecine le rappelle : la pratique d’une activité physique est bénéfique pour la santé. Elle diminue le risque de maladies chroniques (hypertension, ostéoporose, lombalgie…) et augmente l’endurance et la souplesse. Elle prévient le surpoids ou l’obésité, facteurs de risques cardiovasculaires. Dans « le monde d’après », le télétravail va se généraliser.
Par beaucoup d’aspects, c’est une bonne chose, mais en signant la fin des déplacements pour se rendre dans les entreprises, il rend difficile, voire inaccessible, la possibilité d’atteindre les 10 000 pas quotidiens recommandés par les autorités de santé. Avec ces nouvelles habitudes professionnelles, la lutte contre la sédentarité va donc devenir indispensable.

Que faire ?

Toutes les deux heures, levez-vous et effectuez quelques minutes de gymnastique (pompes, gainages) et des exercices d ’étirement. De nouveaux créneaux sont aussi à trouver dans les emplois du temps. Une marche matinale ou avant de se remettre au travail après le déjeuner ou en fin d’après-midi pour se débarrasser des tensions de la journée. Pour les loisirs ou pour se rendre à des rendez-vous en « présentiel », adoptez le vélo. Avec ce mode de transport économique, pratique, accessible, silencieux, écologique et bon pour la santé, vous gagnerez en autonomie. A la fin du confinement, la plupart des villes ont considérablement développé leur réseau de pistes cyclables… Et puis, jusqu’au 31 décembre, vous pouvez bénéficier d’un forfait de 50 € pour la remise en état d’une bicyclette au sein d’un réseau de réparateurs référencés. Attention, si votre dernière expérience à vélo remonte à des vacances dans les années 1980, la bonne solution est de reprendre quelques cours dans un institut de formation. Bonne nouvelle, cette formation peut être financée. Toutes les entreprises, y compris les associations (et donc leurs salariés) ainsi que les professionnels non salariés cotisent à un Opca (organisme paritaire collecteur agréé) et peuvent obtenir un financement. Des prises en charge existent pour les jeunes et les demandeurs d’emploi. Et puis, bien sûr, on continue le sport. Pour ceux qui s’y remettent après une longue interruption, ou qui n’ont pas pratiqué pendant le confinement, voire qui, comme 57 % des Français, ont grossi pendant cette période (2,5 kilos en moyenne), mieux vaut ne pas se lancer tout seul et opter pour un abonnement dans un centre de remise en forme, une association ou un club sportif qui vous permettra d’être accompagné par un entraîneur. Enfin, si vous avez des problèmes de poids, de cœur, une maladie chronique, le sport sur ordonnance est peut-être fait pour vous : sport-ordonnance.fr Certaines villes et mutuelles en assurent une prise en charge sous conditions.

Télétravail : Attention à ne pas s’isoler

C’est le grand gagnant du confinement. Le télétravail s’est imposé dans les entreprises et les services. Nous sommes nombreux à y voir des avantages : mieux concilier vie professionnelle et privée ; ne plus perdre de temps dans des transports stressants et potentiellement dangereux. Cependant, pour préserver la santé psychologique des salariés,
le télétravail ne doit pas être vécu comme une contrainte ou une exclusion des centres de décision. Il doit donc être pensé, organisé : équipements à domicile, agendas partagés, organisation de réunions en présentiel permettant de réels moments d’échanges et de convivialité et ainsi d’éviter que certains salariés ne s’isolent. Des politiques de prévention dans l’entreprise doivent aussi être menées sur la question des addictions et de la sédentarité.

Le fait maison : bon pour le goût, bon pour la santé

Vous vous souvenez, au temps du confinement, quand courses et repas rythmaient nos vies ? La crise sanitaire nous a obligés à repenser nos habitudes alimentaires et a remis au goût du jour le « fait maison », d’après une enquête menée par Santé publique France. En témoignaient les rayons de farine vides, les Français ont mis la main à la pâte… à pain et à gâteau. Mais pas seulement : 37 % ont déclaré cuisiner plus – contre 4 % seulement qui disent avoir cuisiné moins que d’habitude. Et cela a été un plaisir pour la plupart d’entre eux. L’augmentation des visites sur le site mangerbouger.fr démontre aussi leur intérêt grandissant pour une alimentation saine préparée avec soin. « Cuisiner avec les enfants est aussi une façon de les faire décrocher des écrans pour qu’ils se concentrent sur une activité créative et utile, se réjouit Aurélie, maman de Jules, treize ans, et de Laura, huit ans. En plus, ils ont envie de manger les légumes qu’ils ont préparés eux-mêmes, ça leur permet de goûter de nouvelles saveurs. »

Une tendance qui se confirme
Les actifs et les jeunes apparaissaient particulièrement concernés par cette évolution. Elle leur permet de manger sainement tout en réalisant, le plus souvent, des économies. Cette nouvelle habitude vécue positivement pourrait- elle s’installer durablement demain dans le quotidien des Français ? Oui à en croire, Sébastien, Parisien de trente-deux ans : « Je continue à cuisiner maison depuis le confinement, cela me permet de faire attention aux ingrédients. J’essaie de ne pas avoir la main trop lourde sur le sucre, le sel ou le gras et de préparer des plats simples, légers, plus sains et meilleurs pour la santé. »