Depuis juillet, une expérience de zoothérapie est entreprise à la clinique mutualiste Quercy-Bellevue de Cahors. Le rapport à l’animal est susceptible d’apaiser des patients agités et anxieux.

Trois chiens se faufilent silencieusement dans la pièce. Tyfène Bettefort s’adresse aux huit personnes âgées assises autour d’une table : « Je vous présente mes compagnons : Zazou, Django et Auréo. » L’infirmière zoothérapeute découpe des rondelles de carotte que chaque patient approche du museau de Zazou, le plus petit des trois. « Vous avez déjà vu des chiens qui mangent des carottes ? » Puis la jeune femme arrive avec un cochon d’Inde, Nala, qui passe de main en main. Pour une patiente, Irène, « il a le poil doux ». A la demande de Tyfène, la vieille dame approche son nez de Nala – « ça ne sent pas mauvais » – puis de Zazou – « ça n’est pas du tout pareil ». Pour l’autre cochon d’Inde, Lili, le constat est unanime : « Le poil est plus rêche. »

Apporter de l’apaisement

Cette séance de zoothérapie se tient à la clinique mutualiste Quercy-Bellevue à Cahors. Cette technique vise, grâce au contact avec les animaux, à apporter apaisement et détente à des patients agités, angoissés, en perte d’autonomie ou souffrant d’hypertension. Plusieurs sens sont sollicités : l’odorat, la vue et surtout le toucher. Le lien s’établit, parfois, entre le patient et l’animal. On assiste même à une complicité naissante entre Irène et le chien Zazou.

L’infirmière à l’adresse d’un patient : « Je n’ai pas eu le temps de brosser Django, voulez-vous le faire ? » Et l’homme âgé lustre consciencieusement le poil noir du chien. Puis Choupette entre en scène. « Savez-vous ce que c’est ? » « Un lapin. » « Oui, mais un lapin avec les oreilles qui tombent. » La ménagerie de Tyfène s’agrandit encore avec l’arrivée de deux chatons, caressés par toute l’assistance. « C’est l’heure du biberon, je compte sur vous pour m’aider. » Les patients ne se font pas prier pour prendre un chaton dans les bras et lui offrir sa ration de lait.

Un long travail de dressage

Petit incident : un cochon d’Inde s’est oublié sur le pantalon d’un patient et celui-ci doit retourner dans sa chambre pour se changer ! Puis vient un exercice de psychomotricité : chacun est invité à faire rouler une balle sur la table en direction de Zazou. Le petit chien se prend rapidement au jeu et, sans réellement s’en rendre compte, le patient également.

Pour faire cohabiter animaux et personnes âgées en souffrance, et les animaux entre eux, Tyfène Bettefort a dû accomplir auparavant un patient travail de dressage. Un métier à part entière que lui a enseigné son grand-père. « Chaque animal correspond à un objectif thérapeutique », confie l’infirmière. Ici les animaux sont sélectionnés pour leur capacité à apporter de l’apaisement. Les chinchillas et perroquets ont été exclus de la séance. « Irène, d’habitude très agitée et angoissée, n’a pas présenté de troubles anxieux », se réjouit Tyfène. La tension, mesurée avant et après la séance, a diminué pour la moitié des patients.

La zoothérapie, qui va se poursuivre ici au rythme de deux séances par mois, ne guérit aucune maladie et les chiens ou les chats ne sont pas des médicaments. Son efficacité fait débat dans les milieux scientifiques. Mais à l’évidence, la relation entre l’humain et l’animal est susceptible de produire des réactions psychoaffectives positives pour le patient.      

Bruno Vincens