Ce spectacle drôle et émouvant se joue jusqu’à la fin mars à la Manufacture des Abbesses. Il retrace l’histoire de la gynécologie sous un angle incisif et dans une perspective “féministe”.

Delphine Biard, Flore Grimaud et Caroline Sahuquet, les trois actrices, metteuses en scène, actrices du spectacle Spéculum ont une énergie débordante, une gaieté contagieuse et le propos acerbe et militant. Extrêmement documentée aussi bien par leur expérience personnelle, que grâce à de nombreuses interviews ou sources bibliographiques, la pièce retrace des tranches de l’histoire de la gynécologie trop souvent écrites par des hommes.

Sur la scène, aucun sujet n’est tabou : les IVG, à une époque où il s’agissait d’éviter de trop se faire “charcuter” sur une table de cuisine, les fausses couches laissant des femmes démunies sans soutiens et sans prise en charge, l’endométriose qui pendant des années n’a pas intéressé la recherche car il s’agissait d’une «maladie de femme» mais aussi l’affaire du Distilbène, ce médicament prescrit en France pour limiter le risque de fausse couche à environ 160 000 femmes pendant leur grossesse entre 1955 et 1977. Sans effet sur ce risque, celui-ci a eu des conséquences dramatiques sur leurs 80 000 filles, qui connaissent une fréquence accrue d’anomalies génitales.

Les trois auteures convoquent également sur scène et sous forme d’une galerie de portraits tous ceux qui ont contribué à dénoncer les maltraitances gynécologiques qu’elles soient volontaires ou pas , en particulier la féministe Benoite Groult, le médecin Martin Winckler, mais aussi des témoins anonymes. On y apprend beaucoup de choses bien sûr sur le Spéculum, qui donne son titre à la pièce conçu dans les années 1840 par un homme, le docteur James Marion Sims. Décrit comme violent, raciste et misogyne, il est connu pour avoir mené ses premières expériences gynécologiques sur de nombreuses esclaves qui, pour la plupart, avaient été achetées et restaient sa propriété et captives dans son hôpital privé à Montgomery en Alabama. Un spectacle à ne pas manquer, entre filles ou mieux encore à partager avec nos amis masculins. Lors de la représentation à laquelle nous avons assisté, nous n’en avons compté que trois dans la salle. C’est peu, bien peu.