A Nantes a été créée la première coopérative funéraire française, une volonté d’en finir avec un marché surfant sur la détresse des familles.

Vous avez créé la première coopérative funéraire française, pourquoi ce choix ?

Notre volonté était de ne pas faire de bénéfices sur la souffrance des gens. Nous nous sommes organisés sous forme de Scic, société coopérative d’intérêt collectif, un statut peu connu du public. Elle est composée de quatre collèges : celui des salariés, des fondateurs, celui de l’association qui a porté le projet et qui est garante de l’éthique du projet initial représentée par un collectif de citoyens, des usagers militants d’environ 300 personnes, et enfin, un collège d’entreprise et de personnes morales parmi lesquelles des mutuelles comme la Mcrn, des associations, des cigales qui ont soutenu le projet dès l’origine.

D’où vous est venue l’idée ?

Nous nous sommes inspirés des coopératives et mutuelles funéraires québécoises. Elles ont été créées dans les années 1940, nées du constat que les familles s’endettaient considérablement pour les funérailles de leurs proches. Les citoyens se sont mobilisés pour créer des structures qui leur appartiennent afin de ne pas se faire exploiter dans un moment où les endeuillés sont dans un état psychologique fragile. Les bénéfices sont réinvestis dans des fonds de solidarité, par exemple la gratuité quand une famille perd un enfant, ou dans des services d’accompagnement psychologique.

Que proposez-vous ?

Faire en sorte que les familles puissent, en conscience, choisir ce qui leur convient, de manière éclairée et qu’ils ne payent pas le prix d’une Mercedes pour une Twingo, après qu’on leur ait « fourgué » des options dont ils ne veulent pas. Depuis que les régies municipales ont abandonnées les pompes funèbres au privé en 1993, le secteur n’est ni transparent ni moral. Par exemple, les offres formatées que proposent la plupart des pompes funèbres, sont celles sur lesquelles ils margent le plus. On veut instaurer un rapport dans lequel il n’existe pas de pression commerciale et que les familles ne soient pas gênées de demander une crémation simple. Nous proposons aussi des cercueils éco-responsables et des offres de base sur lesquelles nous margeons  très peu avec un enterrement tout compris, à 2 937 €.

Vous voulez aussi donner un nouvel état d’esprit ?

En effet. Nous sommes passés à un système de marché commercial qui surfe sur la détresse des personnes. Par exemple, seule la France a instauré l’obligation du cercueil, cédant en cela au lobbying d’un des plus grands leaders du marché des pompes funèbres qui possède aussi une usine de cercueils. Il faut que les Français sachent que le capiton qu’on leur vend 170 € a été acheté 5 € en Chine, qu’ils ont le droit d’utiliser des draps personnels, mais aussi que dans les maisons de retraite, le défunt peut rester 6 jours jusqu’à son enterrement ou sa crémation. Eviter des transports d’un lieu à l’autre permet d’économiser à chaque fois 900 euros. Quatre jours en salon funéraire, c’est 1 000 euros.

Et essaimer ?

Oui nous sommes la première coopérative mais beaucoup de personnes nous contactent car ils sont intéressés à monter ce type de structures ailleurs en France. A terme, notre vocation est de devenir une fédération. Accompagner les familles dans la mort d’un proche, c’est un métier magnifique qui a malheureusement été dévoyé.