La France a longtemps été considérée comme le pays le plus consommateur de médicaments. Ce n’est plus vrai, mais pour certains types d’entre eux ou de population, la consommation reste excessive, entraînant des effets secondaires parfois dramatiques.

Si les Français ne sont plus les champions de la prise d’antidépresseurs – ils sont aujourd’hui dans la moyenne européenne –, ils restent, au 2e rang derrière l’Espagne, de gros consommateurs de benzodiazépines, prescrites pour le traitement de l’anxiété et des insomnies. 13,4 % de la population en ont consommé au moins une fois. 65 % des utilisateurs sont des femmes. Les benzodiazépines peuvent entraîner des effets indésirables graves, comme des réactions psychiatriques, des somnolences, des amnésies et des comas. Des chutes sont fréquemment rapportées. Elles sont aussi responsables de nombreux accidents de la route, en particulier quand elles sont associées à l’alcool. Alors, pourquoi les utilise-t-on autant ? Selon de nombreux experts, comme l’assurance maladie ne prend en charge ni les traitements alternatifs pour la gestion du stress et de l’angoisse, ni les consultations de psychologue, les Français se tournent vers ces traitements dangereux mais remboursés. Des politiques de prévention feraient-elles diminuer leur utilisation ? C’est certain.

Les antibiotiques sont toujours trop automatiques

Malgré les incitations financières et les efforts de communication pour faire baisser leur prescription, le recours aux antibiotiques reste encore supérieur de 35 % à la moyenne européenne. Cette utilisation systématique et souvent inutile entraîne des antibiorésistances. Les bactéries développent des mécanismes de défense qui leur permettent d’échapper à l’action des antibiotiques. Ces derniers deviennent alors inefficaces et ne peuvent plus lutter contre des infections.

Des cocktails détonants chez les personnes âgées

Nos aînés consomment trop de médicaments. Quatorze en moyenne de manière régulière, selon une étude publiée en 2017. Ils sont certes plus concernés par les cas de polypathologies nécessitant de cumuler différents traitements. Cette polymédication multiplie les risques d’interactions médicamenteuses qui peuvent causer des chutes ou des accidents hémorragiques. L’assurance maladie juge qu’elle entraîne 7 500 décès et 130 000 hospitalisations par an chez les plus de 65 ans. Ces ordonnances à rallonge sont rédigées en moyenne par deux à trois médecins différents, posant la question de la coordination des soins.

Opiacés, attention danger!

Aux Etats-Unis, les campagnes menées auprès des médecins par l’industrie pharmaceutique au cours des années 1990 pour vendre des antidouleurs à base d’opiacés ont engendré une flambée d’ordonnances abusives qui ont mené des millions d’Américains à la dépendance. Le nombre de décès a atteint 70 000 en 2017, plus que ceux dus aux accidents de la route, aux suicides, aux homicides et au sida réunis. Si la situation chez nous n’est pas comparable, en 2015, près de 10 millions de patients ont reçu une ordonnance pour l’un de ces médicaments. Sur le podium des prescriptions, le tramadol, suivi de la codéine et l’opium. Le nombre d’hospitalisations a augmenté (plus 167 % depuis 2000). Chaque semaine, quatre personnes meurent d’une surdose d’opioïdes. L’Ansm a décidé de ramener la durée maximale de prescription de tramadol de douze à trois mois pour éviter le risque de dépendance et de surdosage. Les consommateurs sont surtout des femmes souffrant de douleurs aiguës, chroniques, de maux de dos ou d’arthrose. L’âge moyen est de 52 ans pour les opioïdes faibles et 64 ans pour les opioïdes forts.