Hôpitaux : beaucoup moins de lits contre un peu plus de places en ambulatoire

Hôpitaux : moins de lits mais plus de place en ambulatoire selon la DREES ©123RF
Depuis la fin de 2013, 38 600 lits d’hospitalisation complète ont été supprimés au total (−9,4 % en neuf ans). ©123RF

En 2022, près de 6 800 lits d’hospitalisation complète ont été supprimés, selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) parue en décembre 2023. En parallèle 2 600 places d’hospitalisation partielle, sans nuit passée dans l’établissement, ont été créés. Le point avec Alexandre Cazenave-Lacroutz, chef du Bureau Établissements de santé à la Drees.

Pouvez-vous résumer dans les grandes lignes les résultats de l’étude de la Drees ?

Alexandre Cazenave-Lacroutz : Premièrement, le nombre de lits en mesure d’accueillir des patients continue de diminuer. Alors que le nombre de places d’hospitalisation partielle augmente. Deuxième fait marquant : ces deux mouvements se sont accentués par rapport à l’avant-crise sanitaire. Enfin, les capacités de soins critiques, après avoir augmenté pendant la crise, reviennent en 2022 à un niveau légèrement supérieur à celui d’avant-crise.

A quoi correspond l’hospitalisation partielle ?

A. C-L. : Il s’agit de la chirurgie ambulatoire, ou des séjours de médecine, psychiatrie. Ou des moyens séjours au cours desquels les patients reçoivent des soins à l’hôpital dans la journée. Mais ils n’y dorment pas. 

Quels sont les chiffres clés à retenir ? 

A. C-L. : La baisse de 38 600 lits d’hospitalisation complète en neuf ans et la hausse en parallèle du nombre de places d’hospitalisation partielle de 17 400. On note que le recul du nombre de lits a diminué plus fortement : de -1,8 % entre 2022, contre -0,9 % par an avant la crise sanitaire. L’augmentation du nombre de places a été de +3,1 % en 2022, contre +2,5 % par an en moyenne avant la crise sanitaire. Le court séjour, à savoir la médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie, est le plus concerné.

Quel rôle joue le virage ambulatoire dans ces résultats ? 

A. C-L. : Les prises en charge se tournent de plus en plus vers des alternatives à l’hospitalisation complète. Du fait de la diffusion des progrès médicaux notamment. Un exemple typique : le traitement de la cataracte, désormais très majoritairement réalisé en ambulatoire. Aujourd’hui, et en simplifiant, il s’agit d’une petite incision, suivie d’une aspiration du cristallin et de son remplacement. Avant il fallait réaliser une incision nettement plus importante, suivie d’une hospitalisation complète.

Comment expliquez-vous cette baisse plus rapide qu’avant la crise sanitaire ? La pénurie de main-d’œuvre joue-t-elle un rôle ? 

A. C-L. : Nous ne disposons pas de statistiques permettant d’expliquer cette baisse plus prononcée. En 2020-2021, et peut-être encore en 2022, le contexte épidémique pouvait causer une baisse plus marquée. Notamment du fait de la déprogrammation des opérations. Ou si des chambres doubles étaient transformées en simples pour limiter la contagion. Mais vous avez raison, des contraintes de personnels peuvent se traduire par une amplification de la baisse. Comme l’évoquait un professeur interrogé par vos collègues du Monde récemment. Pour ouvrir un bloc opératoire, il faut un certain nombre de spécialités présentes : chirurgiens, anesthésistes, infirmières de bloc… S’ils viennent à manquer, les lits correspondants ne seront pas disponibles pour les patients.

La psychiatrie ne se distingue pas des autres secteurs ? Quelles sont les structures les plus touchées : privé/public ? 

A. C-L. : En psychiatrie, on constate, contrairement aux autres disciplines, une différence marquée entre la forte baisse du nombre de lits d’hospitalisation complète et une légère hausse du nombre de places d’hospitalisation partielle. La baisse provient principalement du secteur public (-1000 lits). En particulier des centres hospitaliers spécialisés (-800 lits). Dans les cliniques privées, au contraire, le nombre de lits de psychiatrie a progressé de 200 lits.

Quelles sont les perspectives d’évolution à moyen terme ?

A. C-L. : Notre étude se contente de présenter la photographie de ce qui s’est passé. En 2017, nous avions réalisé un exercice de projection de l’activité hospitalière. Sur la base de scénarios mettant en évidence notamment le rôle du vieillissement démographique dans le besoin en lits. Et l’importance du développement de la prise en charge ambulatoire et de raccourcissement des durées de séjours en hospitalisation complète. Cependant cette étude commence à dater. Et n’intègre pas les conséquences de la crise sanitaire. Nous sommes justement en train d’examiner comment nous nous en écartons.

Gabrielle Villa