Eric Chenut vient d’être élu nouveau président de la Mutualité française. Nous l’avions interrogé à propos des discriminations en santé. Interview.

« LE PUBLIC NE DOIT PAS SUBIR, MAIS ÊTRE ACTEUR. »

La crise sanitaire a-t-elle exacerbé les discriminations ?
Eric Chenut : Cette crise a révélé nos fragilités, ce qui a augmenté les discriminations. Mais le système a tenu grâce aux amortisseurs sociaux. Sans cela, elle aurait été encore plus violente. Pour la vaccination, on a vu que les publics les plus éloignés du système de soins, vivant dans la rue ou dans les déserts médicaux, ont été oubliés. L’accès aux centres de vaccination a été compliqué pour les personnes éloignées des villes ou à mobilité réduite. Je pense aussi aux étudiants, qui ont renoncé aux soins encore plus que d’habitude.

Estimez-vous que la démocratie sanitaire a reculé ?
E. C. :
Oui. Lors d’autres crises sanitaires (sida, sang contaminé, Mediator…), on a remarqué que la démocratie sanitaire a toujours progressé : les patients se sont regroupés, ils ont fait avancer les choses. Les citoyens n’ont pas été associés à la gestion de la crise du Covid. Après plus d’un an et demi, l’Etat a conservé sa posture infantilisante envers la population. Du coup, on constate une défiance, qui s’illustre par les fake news, la méfiance envers les vaccins… Cela peut être dangereux et ne se réparera que par l’éducation des citoyens.

Le numérique en santé peut-il réduire les discriminations ?
E. C. : Le numérique est une formidable avancée, mais il peut aussi creuser les écarts. Le public ne doit pas subir ces transformations, mais en être acteur. Sinon, les Gafam* imposeront ce nouveau modèle de santé. Il faut veiller à ce qu’il y ait un égal accès au numérique sur tout le territoire, c’est fondamental. Le numérique occupe une part centrale dans notre travail à l’espace éthique de la Mutualité française.

*Les géants du Web : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.

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