C’est une thérapie millénaire. Les Grecs et les Romains en étaient fous. On trouve trace de bains datant de l’Antiquité dans toute l’Europe, ainsi qu’au Proche-Orient en l’Asie du Sud-Est et même en Amérique du Sud. Si, depuis des siècles, les adeptes témoignent des bienfaits de cette pratique , des études scientifiques corroborent et valident aujourd’hui ce ressenti. En matière de thermalisme, la France est un pays en pointe. On peut s’en féliciter car, à l’heure où les maladies chroniques sont en pleine explosion, cette thérapeutique globale et sociale axée sur la mobilisation physique, l’hygiène de vie et la prévention a plus d’un atout. 

Cette eau qui soigne 

Le thermalisme est l’utilisation à visée thérapeutique des eaux minérales naturelles et de leurs dérivés (gaz, vapeurs, boues). Ils peuvent être utilisés, selon leurs propriétés, en boisson, sous forme de bains, de douches, de pulvérisations ou d’inhalations, en application de compresses imbibées ou encore sous forme de cataplasme. La température varie, plutôt chaude pour les affections rhumatismales, froide pour les troubles circulatoires. La durée habituelle d’un soin est de dix à quinze minutes. Ces soins sont souvent complétés par une mobilisation physique : gymnastique collective en piscine avec un kinésithérapeute, parcours de marche en phlébologie ou massages sous affusion d’eaux minérales. Prises en charge en partie par l’assurance-maladie, les cures thermales sont très réglementées.  sont très réglementées. 

Elles durent 18 jours, à raison de trois soins par jour, dont le contenu est strictement formalisé. Une grande majorité des stations thermales ont mis en place des activités éducatives, pour répondre à l’augmentation du nombre de maladies chroniques. Il s’agit en général de conférences gratuites, en particulier sur le sport et la nutrition. Des thématiques plus spécifiques sont aussi abordées, parfois sous forme d’ateliers, en fonction de l’orientation de la station. 

Education thérapeutique 

Certaines stations vont plus loin. Depuis quelques années, elles développent, en complément de la cure de 18 jours, des programmes d’éducation thérapeutique du patient (Etp) validés par les agences régionales de santé. Ils concernent entre autres l’arthrose, les maladies métaboliques, l’asthme, l’insuffisance veineuse chronique, la dermatite atopique, le lymphoedème, la maladie de Parkinson ou le diabète de type 2. Les Etp sont encore à la charge du patient ou de l’établissement thermal, mais, récemment, l’assurance-maladie a accepté de participer à hauteur de 50 % au financement de deux programmes d’Etp : l’un concerne le sevrage aux benzodiazépines, l’autre les soins post-cancer du sein. Cela ne doit rien au hasard. Si pour les patients, le service médical rendu (Smr) n’est plus à démontrer, de nombreuses études étayent ce ressenti. Elles témoignent que le thermalisme peut faire réaliser des économies à l’assurance-maladie. Après une cure, on note une diminution des hospitalisations et des arrêts de travail ainsi qu’une réduction de la consommation médicamenteuse. Pour Thierry Dubois, président du Conseil national des établissements thermaux : « Les études confirment ce que l’on savait. D’ailleurs, pourquoi des curistes continueraient-ils à aller s’enfermer tous les ans durant trois semaines dans des endroits parfois peu réjouissants, en y consacrant un gros investissement financier, si cela ne leur faisait pas de bien ! » 

Le coût

Entre 1 600 et 1 800 € : c’est la somme nécessaire pour les trois semaines de cure (voyage, séjour et soins). Le remboursement varie de 400 à 800 € selon l’affection et la participation de la complémentaire. Le reste à charge est donc important.  Au total, le coût des dépenses thermales (prestations légales et supplémentaires) prises en charge par l’assurance-maladie est d’environ 320 millions d’euros, soit 0,16 % du budget global de l’assurance-maladie. 

Le Thermalisme c’est aussi du lien social :

Dans les couloirs des thermes Sourcéo de Saint-Paul-lès-Dax, les conversations vont bon train… « Ma petite-fille prépare des études de langues », se félicite un monsieur. « C’est marrant, la mienne part habiter à Londres, lui répond sa voisine en souriant. Vous avez quoi aujourd’hui ? » Tous deux se penchent sur la fiche de leur programme de la matinée et échangent sur les bienfaits de chaque soin. Massage sous affusion pour l’un, enveloppement de boue pour l’autre. Renouer un lien social, au-delà des soins thérapeutiques, c’est aussi l’un des bienfaits de la cure. « Les retraités sont parfois isolés. C’est pourquoi, outre les soins, nous proposons toute une série d’activités qui permettent aux curistes de se rencontrer », explique Michel Baqué, directeur général de Thermes Adour, gestionnaire de Sourcéo. Marche nordique, stretching, sophrologie ou yoga, ateliers sur l’alimentation, le sommeil ou la mémoire, conférences santé rythment les après-midi des curistes qui le souhaitent. Des soirées sont également organisées. « Les thermes, c’est un peu comme une famille, explique Stéphanie, agent thermal. Certains nous donnent des nouvelles entre deux séjours. » Autre avantage des cures, pour Solange, soixante-huit ans, qui vient à Saint-Paul depuis quatre ans : « Chez moi, je ne me sens pas toujours comprise. J’ai l’impression de passer mon temps à me plaindre de mes douleurs. Je culpabilise de ne pas bouger assez. Ici, on rencontre des gens comme nous. On ne se sent pas jugé. Ça rassure et ça déculpabilise. » 

Trois semaines pour se remettre en mouvement 

Trois semaines, le format imposé par la Sécurité sociale, permettent aux curistes de renouer avec de bonnes habitudes de vie : reprendre une activité physique, par exemple, grâce aux séances de gymnastique de vingt minutes. Aidés par des barres métalliques, Solange et une dizaine de curistes enchaînent les exercices indiqués par le coach, qui sont autant d’occasions de parties de rire. Puis vient le moment des soins. La spécialité de Dax, dont l’indication première est la rhumatologie, est l’enveloppement de boues. D’une température de 41 °C à 45 °C, elles sont posées sur les articulations. Le patient est ensuite enveloppé dans un film plastique durant quinze minutes. S’ensuivent des soins divers, massages par un kiné, hydromassage en baignoire, vaporisation dans une étuve ou utilisation de couloirs de marche pour les patients en phlébologie, seconde indication de Dax. 

Interview

Pr Christian-François Roques, président du conseil scientifique de l’Association française pour la recherche thermale. 

Le thermalisme semble bien adapté à la prise en charge des maladies chroniques ? 

En effet, le thermalisme peut agir sur les deux des quatre grands facteurs qui impactent les maladies chroniques (alcool, tabac, sédentarité et alimentation transformée), grâce à ses effets sur le surpoids, le syndrome métabolique, en particulier pour les personnes diabétiques. Six études portant sur 1 300 curistes prouvent que la cure permet de faire perdre du poids – 3 ou 4 kilos – durablement (sur un an). Et un peu plus si le patient bénéficie d’un programme d’éducation thérapeutique. Ces études montrent aussi que la cure est un bon levier pour se remettre au sport. Le thermalisme est également très intéressant en matière de suite des cancers du sein. 

Les études montrent que le thermalisme fonctionne sur de nombreuses pathologies. 

Oui, nous avons désormais des études, pas autant que l’on voudrait, pas aussi bonnes qu’on le souhaiterait, mais beaucoup d’entre elles sont en faveur d’une action positive. 

Les stations thermales peuvent-elles apporter un élément de réponse au problème des déserts médicaux ?

Bien sûr, elles pourraient développer la prévention au bénéfice des populations locales. A ce titre, je trouve très intéressantes les « cures du soir ». La médecine thermale peut aussi accompagner le vieillissement, les troubles cognitifs. 

Est-ce une médecine sociale ?

Les curistes sont des personnes issues de catégories moyennes inférieures. La cure représente un effort financier conséquent. S’ils le font, c’est qu’ils sentent que cela leur fait du bien. Il est insupportable d’entendre dire qu’ils se paient des vacances aux frais de la Sécu, d’autant plus que, pour les actifs, la cure thermale doit être faite pendant les congés légaux. 

A chaque pathologie sa station

Le thermalisme est un secteur économique et sanitaire à part entière. La France compte 110 établissements dans 89 stations thermales. Le secteur emploie 850 médecins, 300 masseurs-kinésithérapeutes, 150 infirmiers, diététiciens, éducateurs physiques. 

La plupart des patients pris en charge en médecine thermale sont porteurs d’affections chroniques, même si seulement un quart d’entre eux sont en Ald. Il s’agit d’une population relativement âgée : 35 % des curistes ont 70 ans et plus. 

Quelle station choisir ? 

Les critères sont d’abord médicaux : tout dépend de l’affection dont souffre le curiste. Dans certains établissements, deux orientations peuvent être combinées. Une spécificité technique peut aussi être un critère de choix (boues, vapeurs, gaz, pratiques complémentaires… ). Dans toutes les stations, les possibilités d’hébergements sont en général très nombreuses. Elles vont du camping aux hôtels haut de gamme, en passant par les pensions de famille ou les locations meublées. 

Faut-il faire une cure chaque année ? 

Le renouvellement est important puisqu’il s’agit en principe de maladies chroniques. 83 % des curistes fréquentant un établissement thermal ont déjà effectué des cures. 

Ne pas confondre thermalisme, Spa et Thalassothérapie

La thalassothérapie se pratique en bord de mer, et propose des prestations exclusivement préventives et de bien-être qui ne sont pas prises en charge par l’assurance-maladie. Le spa est est un centre de remise en forme par hydrothérapie. La cure thermale, prescrite dans le cadre du traitement d’une maladie chronique, fait l’objet d’une prise en charge. 

Cures du soir

De plus en plus d’établissements thermaux proposent des « cures du soir » réservées à une patientèle locale. Comme une cure classique, celle-ci dure 18 jours et est prise en charge par l’assurance-maladie. Elle se déroule après 17 heures et permet aux actifs, qui ne peuvent pas toujours bloquer trois semaines consécutives, de bénéficier de soins thermaux. Ce type de cure existe déjà à Amnéville, Amélie-les-Bains,Bourbon-l’Archambault, Challes-les-Eaux, Cransac-les-Thermes, Dax et Saint-Paul-lès-Dax, Eugénie-les-Bains, Jonzac, Saint-Amand-les-Eaux, Saint-Honoré-les-Bains, Royat. D’autres villes devraient suivre.

En psychiatrie aussi 

On le sait peu, mais le thermalisme est aussi une excellente indication pour les troubles mentaux. La station la plus pointue en la matière est celle de Saujon (Charente-Maritime) qui accueille les personnes atteintes de dépression, de troubles anxieux ou de burn out. Par le chlorure de sodium qu’elle recèle, l’eau de Saujon a une action tonique, tandis que la présence de calcium et de magnésium lui assure des effets sédatifs utiles dans les troubles anxieux. Elle est également chargée en lithium. « Nous réalisons en particulier une cure pour le sevrage des benzodiazépines. Cela demande une certaine expertise que nous avons su créer avec l’Ecole thermale du stress et grâce aux relations très approfondies entretenues avec de nombreux universitaires », explique le Dr Olivier Dubois, psychiatre libéral, directeur de la clinique et des thermes de Saujon. A Saujon, plusieurs études ont été menées. La première, Stop Tag, réalisée sur le trouble anxieux généralisé, en coordination avec le service universitaire de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne, a démontré que les effets de trois semaines de cure sur les patients étaient supérieurs à deux mois de traitement médicamenteux. De même, l’étude Specth sur le sevrage des benzodiazépines, médicaments très utilisés en France, évalue que six mois après la cure, 41 % des curistes avaient arrêté et que l’état anxieux et dépressif de l’ensemble des patients s’était amélioré. Pour le Dr Dubois, « il y a toujours eu des maladies psychiatriques, mais on voit apparaître de plus en plus souvent des personnes en situation d’isolement. Elles ont du mal à se lever le matin, à se coucher le soir, à manger à heures régulières. La cure thermale psychiatrique que nous avons développée à Saujon peut être un vrai lieu de restructuration. »