En 2018, les 1780 bénévoles de SOS Amitié ont consacré près de 240 000 heures à leur engagement d’écoute bienveillante, 24h sur 24, 365 jours par an. L’association reconnue d’utilité publique depuis 1967 qui agit sur la prévention du suicide vient de publier son 9e Observatoire des souffrances psychiques. François Gourdault-Montagne, membre du conseil d’administration de la fédération répond à nos questions.  

Quels sont les principaux constats du 9e Observatoire SOS Amitié des souffrances psychiques ? 

Le principal constat c’est que la santé psychique est la première cause d’appels à SOS Amitié. C’était moins le cas avant. Et ces difficultés psychologiques entraînent d’autres états comme la solitude, les crises d’angoisse…  Ce sont les appelants eux-même qui l’évoquent spontanément, lors des échanges. 

Autre constat :les femmes sont les premières utilisatrices du chat

Le chat a été mis en place il y a une dizaine d’années. Cela peut répondre à d’autres besoins. Beaucoup de femmes et de jeunes l’utilisent plus que l’appel téléphonique. 

Ces résultats montrent-il des difficultés de prise en charge de la souffrance psychique en France ? 

Les écoutants bénévoles ne sont pas des thérapeutes. Nous ne nous substituons pas aux psychologues ni aux psychiatres et n’en avons pas l’intention. Mais beaucoup d’appelants nous appellent parce qu’ils n’ont pas d’interlocuteurs professionnels à leur écoute. Soit parce qu’ils ne sont pas suivis par un psychologue ou un psychiatre ou bien parce que ceux-ci ne sont pas disponibles au moment où ils en ont besoin. Ce qui est normal, ces professionnels ne peuvent pas être disponibles 24 heures sur 24. D’ailleurs, certains professionnels conseillent d’appeler SOS Amitié s’ils ne vont pas bien. 

Dans l’Observatoire est évoqué la difficulté d’accès aux soins psychiques ou psychiatriques pour certains appelants…. 

C’est effectivement ce que rapportent certains appelants (ndlr : délai trop long pour avoir un rendez-vous, temps trop court consacré aux patients, écoute souvent limitée…). Ces personnes auraient besoin d’être plus encadrés. 

Pourquoi l’écoute de SOS Amitié fonctionne ?

Les appelants ont la garantie de l’anonymat. Aucune information concernant leur âge, leur nom,le lieu d’où ils appellent etc. ne leur est demandé. Les écoutants proposent une écoute bienveillante, sans jugement. Les appelants peuvent parler de tout. D’ailleurs, certains disent parler de certaines choses qu’ils n’osent pas aborder avec leur psychothérapeute ou leurs proches. Notre objectif principal est la prévention au suicide, très en amont de toute velléité de passage à l’acte. D’ailleurs, plus les gens nous appellent, moins ils parlent de suicide. Mettre des maux sur les maux, arriver à les exprimer permet de desserrer l’angoisse, de les apaiser, même si bien entendu nous n’avons pas vocation à guérir les personnes. D’ailleurs, à la fin de la conversation, ils disent souvent “ça m’a fait du bien de parler. Ca va mieux”. 

Le travail de SOS Amitié est reconnu d’utilité publique. Pourtant vous rencontrez des  difficultés. Lesquelles ? 

Nous manquons cruellement d’écoutants bénévoles. Nous étions près de 1800 bénévoles en 2018 mais cela ne suffit pas à répondre à tous les appels. Nous n’arrivons à répondre qu’à un appel sur 4. Il nous faudrait 500 bénévoles supplémentaires. Tous nos bénévoles sont formés par des professionnels à l’écoute, c’est crucial. Par ailleurs, nous demandons un engagement entre 16 et 20 heures par mois, par tranche de 3 ou 4 heures. Ca apporte beaucoup aux appelants mais à nous également.

Chiffres clé du 9e Observatoire de SOS Amitié

  • En 2018, S.O.S Amitié a répondu à 606 397 appels téléphoniques, 8 866 messages et eu 13 834 échanges chat 
  • 53% des appelants parlent de leur santé psychique (dépression, troubles psychiques…) puis de leur solitude 
  • 71% des appelants par chat sont des femmes 
  • 13 % des appelants téléphoniques évoquent le suicide au téléphone (étude portant sur 10 604 appelants). 23 % pour les appelants via la messagerie et le chat. Ce sont les moins de 25 ans qui l’évoquent le plus souvent. 
  • Parmi les personnes dépressives, 25 % disent être suivi par un psy, 19% parlent de relations parents-enfants et 16 % ont des pensées suicidaires.