Comment lutter contre le gaspillage alimentaire et préserver l’environnement ? La délégation territoriale Hauts-de-France Normandie des Mutuelles de France et la SMH ont réuni, autour d’une table ronde virtuelle, trois acteurs régionaux pour un partage d’expériences et un débat de qualité. 

Les fruits et légumes jetés en fin de marché, des cerises qui voyagent en avion pour que l’on puisse en manger en hiver, des entreprises abonnées aux plateaux-repas emballés de plastique… Tout cela alors que les inégalités sociales se creusent et que la précarité alimentaire augmente. 

Voilà déjà une dizaine d’années que la Tente des glaneurs, l’épicerie solidaire de la Lys et les Paniers de Léa, les trois structures invitées à la table ronde organisée par la délégation territoriale Hauts-de-France-Normandie des Mutuelles de France et la SMH, ont décidé de dire stop à ces aberrations, en déclinant la solidarité chacune sous un angle différent.

« Sur le marché de mon quartier à Wazemmes, j’ai découvert que les personnes qui fouillent les conteneurs sont des étudiants, des retraités ou des actifs n’ayant pas accès à l’aide alimentaire soit parce qu’ils ont honte, soit parce qu’ils ne correspondent pas aux barèmes », se désole Jean-Loup Lemaire, fondateur de la Tente des glaneurs. Née en 2010 à Lille, l’association distribue des cabas de fruits, de légumes et de pains invendus, récupérés auprès des commerçants des marchés. Elle est présente dans une trentaine de villes et nourrit près de 13 000 personnes. 

Garder sa dignité

Autre démarche à Halluin. A l’épicerie solidaire de la Lys, « les produits sont récupérés dans les supermarchés et vendus à 20 % de leur valeur dans un magasin pratiquement comme les autres, précise Michèle Nollet, présidente de l’association. Pour tous nos bénéficiaires, c’est important de garder leur dignité en ayant un véritable choix lorsqu’ils font leurs courses ». 

Les Paniers de Léa s’adressent aux particuliers et aux entreprises. « Nous vendons des paniers antigaspi de fruits et légumes locaux qui seraient jetés par les producteurs. Pour chaque colis acheté, nous en donnons un aux banques alimentaires. Nous accompagnons aussi les entreprises dans leur politique de RSE en leur proposant des corbeilles de fruits, des petits déjeuners et des plateaux-repas équilibrés issus de productions locales », détaille Bastien Dogna, fondateur de l’entreprise lilloise. 

Manger, pas seulement se nourrir 

Bien manger ne se résume pas à remplir son assiette. Par manque de moyens, de temps ou par habitude, l’alimentation équilibrée s’est parfois perdue. « L’épicerie solidaire donne accès à des produits de très bonne qualité que nos bénéficiaires ne pourraient acquérir. Et les ateliers organisés par l’association enseignent la cuisine de plats moins connus », précise Michelle Nollet, tandis que Bastien Dogna rappelle l’importance des circuits courts. L’idée étant de retrouver le goût du fait-maison, de la culture des saisons… Il ne s’agit pas d’opposer les bons et les mauvais comportements, mais plutôt de mettre en place des actions de sensibilisation. 

Un acte social, créateur de lien

Car manger est aussi un acte social, créateur de lien. « Faire son marché, et se retrouver autour d’un repas sont autant d’habitudes que l’on retrouve grâce à la redistribution alimentaire, insiste cet ancien cuisinier. Pouvoir rendre une invitation, c’est une question de dignité. » 

« Au sein des entreprises aussi, poursuit Bastien Dogna, l’alimentation est un vecteur de sociabilité, de moments d’échanges. » Toutes ces initiatives, saluées par Carole Moreira, présidente de la SMH, en conclusion de la table ronde, changent les choses au quotidien. Interroger notre système alimentaire à la lumière du développement durable et de la solidarité est un véritable enjeu que partage le mouvement mutualiste.

Marie-Hélène Olla – Photo © Franck Crusiaux