
Depuis janvier, une soixantaine de pays ont déclenché des rappels massifs de laits infantiles contaminés par une toxine bactérienne. En France, plusieurs nourrissons ont été hospitalisés. En février, trois décès suspects avaient été signalés et plusieurs enquêtes ont été ouvertes. L’association de défense des consommateurs Foodwatch a porté plainte. Sa fondatrice et directrice de l’information, Ingrid Kragl, décrypte les enjeux de ce nouveau scandale sanitaire.
Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler les faits ?
Ingrid Kragl : Des laits infantiles, souvent destinés à des bébés de moins de 6 mois, notamment fabriqués par Nestlé, Lactalis, Danone ou Vitagermine, ont été contaminés par la bactérie Bacillus cereus, qui produit la toxine céréulide. Chez les nourrissons, cela peut se traduire par de la diarrhée, accompagnée de fortes douleurs abdominales, de nausées, de vomissements et parfois de fièvre. L’origine de la contamination est une huile riche en acide arachidonique, source d’oméga-6, fournie par un même fabricant chinois pour de grandes marques (Nidal, Guigoz, Picot, Blédilait, Babybio…). Dans le monde, plus de 800 références sont concernées.
Depuis quand les marques en avaient-elles connaissance ?
I. K. : Foodwatch enquête depuis décembre 2025 et a communiqué en janvier 2026. Nous avons reçu plus d’une centaine de témoignages
de parents affolés en France et à l’étranger. Nestlé savait dès novembre 2025 que ses produits étaient potentiellement contaminés, mais n’a lancé des rappels massifs qu’en janvier 2026, en violation de la réglementation. En réalité, la contamination remonte à octobre 2024 et s’est poursuivie tout au long de l’année 2025, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et l’Autorité européenne de sécurité des aliments.
La céréulide n’est pas détectable dans le corps. Cela rend-il impossible d’établir un bilan épidémiologique fiable ?
I. K. : Il faut effectivement démontrer le lien entre la consommation des laits rappelés et les symptômes inexpliqués des bébés. Faute d’informations suffisantes, de nombreux médecins n’ont pas pu faire le lien entre la consommation de lait rappelé et des symptômes qui sont similaires à ceux d’une gastro-entérite. Pour établir la causalité, et donc la responsabilité des fabricants, il faut réaliser des tests sur la diarrhée ou les vomissements. Mais les pédiatres, le Samu ou les urgences n’ont reçu que fin janvier des directives assez vagues et qui minimisaient l’importance de réaliser ces tests.

Peut-on détecter la céréulide dans la poudre des laits ?
...
Ce contenu est réservé aux abonnés ou aux adhérents de la mutuelle.
Vous pouvez trouver le code d'accès dans l'édition papier de Viva Magazine, en bas de page dans le cahier central.

Veuillez vous identifier pour afficher l'article.

























