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« Nous avons trouvé une cinquantaine de molécules pesticides dans les cheveux ou les urines de nos enfants » 

Franck Rinchet-Girollet, porte-parole de l’association Avenir santé environnement. © Margot L'Hermite

Plusieurs communes autour de La Rochelle font face à un nombre anormalement élevé de cas de cancers pédiatriques. Avenir santé environnement, association citoyenne, enquête sur les liens entre pollution, pesticides et santé. Franck Rinchet-Girollet, son porte-parole et père d’un enfant malade, nous en dit plus.

Comment est née l’association Avenir santé environnement ?

Franck Rinchet-Girollet : l’association a été créée en 2018, à la suite de plusieurs cas de cancers pédiatriques recensés simultanément à Saint-Rogatien. Une étude épidémiologique a mis en évidence une incidence quatre fois et demie supérieure aux statistiques départementales chez les 0-24 ans. L’ARS et Santé publique France ont engagé une courte enquête centrée uniquement sur les facteurs individuels (habitudes alimentaires, matériaux de construction, école fréquentée). Donc sans prendre en compte les facteurs collectifs : air, eau, sols.

Or les toxicologues nous ont expliqué, à nous parents concernés, l’importance de « l’effet cocktail ». C’est-à-dire les conséquences des mélanges de l’exposition à différents polluants. La toxicité chronique (l’exposition à faible dose sur le long terme), et l’exposome, qui est la totalité des expositions à des facteurs environnementaux que l’on subit une vie durant, sont aussi des éléments cruciaux.

Nous avons monté l’association pour identifier les facteurs environnementaux potentiels. Notamment une usine d’enrobés bitumineux, l’exposition aux polluants agricoles, les lignes à haute tension…

Après avoir alerté, vous avez enquêté vous-même via le projet Next (Nos enfants exposés aux toxiques)…

F. R.-G. : Oui, comme rien ne bougeait du côté de l’Etat, en 2024, nous avons fait analyser les cheveux et les urines de 72 enfants âgés de 3 à 17 ans. Nous avons mis en évidence 45 molécules pesticides dans les cheveux et 14 dans les urines, majoritairement agricoles, mais aussi domestiques et vétérinaires. Notamment le fipronil, molécule neurotoxique utilisée contre les puces des animaux de compagnie.

Nous avons également retrouvé des traces de substances interdites depuis des décennies, mais toujours présentes dans l’environnement. Or, l’Etat autorise encore de nouvelles substances. Celles-ci viennent donc se mêler aux résidus de celles bannies pour leur caractère cancérigène. L’effet cocktail n’est toujours pas évalué.

Nous nous battons contre la sous-évaluation de la dangerosité de ces produits.

Votre association participe à l’étude Exposcan, de quoi s’agit-il ?  

F. R.-G. : En 2025, une extraction des données du registre des cancers Poitou-Charentes financée par la Ligue contre le cancer a mis en évidence deux nouveaux foyers de surincidence pédiatrique portant à trois le nombre de sites identifiés sur l’agglomération. Le ministère de la Santé souhaitait alors mener une étude nationale, mais le préfet a tenu bon. « Aux inquiétudes locales, il faut une réponse territoriale », a-t-il défendu.

Il a convaincu l’ARS, les élus, l’agglomération et la Ligue contre le cancer, mobilisé des fonds publics, et réuni dans le comité de pilotage chercheurs et institutions : ARS, CHU de Poitiers, Université de Rennes, CNRS, Inrae, Ligue contre le cancer, Communauté d’agglomération de La Rochelle, mais aussi notre association.

Exposcan, lancée en janvier 2026 pour trois ans, comporte trois volets. Une analyse épidémiologique fine du registre des cancers, une étude sociologique des expositions des enfants, en remontant jusqu’à la grossesse et à l’histoire environnementale des parents, et des analyses de milieux (air, eau, sols, métaux lourds, PFAS…). J’insiste : notre association n’est pas opposée au monde agricole, les agriculteurs sont eux-mêmes les premiers exposés.

Nous nous battons contre la sous-évaluation de la dangerosité des produits. Et nous plaidons pour qu’Exposcan serve de modèle. Il faut en finir avec les enquêtes centrées sur les seuls facteurs individuels, comme si l’on cherchait à établir la responsabilité des parents. Exposcan, c’est ce que nous aurions voulu avoir dès 2018.