Accueil Mutami « La loi Duplomb est une régression sanitaire, écologique et sociale »

« La loi Duplomb est une régression sanitaire, écologique et sociale »

Jocelyne Le Roux, présidente déléguée de Mutami. © Franck Betermin/Andia.fr

Portée par le sénateur (LR) Laurent Duplomb, une loi prétendant « lever les contraintes pesant sur le métier d’agriculteur » a été promulguée le 12 août 2025. Mutami s’engage aux côtés des citoyens contre cette loi qui porte atteinte à la santé publique et à l’environnement. Le point avec Jocelyne Le Roux, présidente déléguée de la mutuelle.

Scientifiques et médecins avaient alerté sur le danger de la réintroduction, par la loi Duplomb, de l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde interdit en France depuis sept ans, toxique pour l’homme et l’environnement. Si le Conseil constitutionnel a censuré sa réintroduction cet été, il a conservé d’autres mesures problématiques contenues dans le texte, dont la simplification des normes de construction des bâtiments d’élevage et la facilitation des projets de stockage de l’eau d’arrosage (mégabassines). A l’image de la pétition aux 2 millions de signatures lancée le 10 juillet, Mutami demande l’abrogation totale de cette loi.

Pourquoi réclamez-vous l’abrogation de la loi Duplomb ?

Jocelyne Le Roux : Parce qu’il s’agit d’un texte de régression sanitaire, écologique et sociale. Mutami a adhéré au collectif Mutuelles pour la santé planétaire afin de faire avancer la cause d’une santé durable et solidaire. Les politiques tardent à protéger la population, alors que, par leur dangerosité, les pesticides sont comparables à l’amiante.

La FNSEA exige un retour de l’acétamipride en France…

J. L. R. : Elle le fait au nom des betteraviers, qui s’estiment pénalisés par son interdiction. Un des arguments de la FNSEA est de dire qu’il n’y a pas d’alternative à cet insecticide. Or comme le montrent des études de l’Anses, il existe des produits moins polluants et des alternatives non chimiques.

Comment se manifeste l’engagement de Mutami ?

J. L. R. : Il tient en trois points : sensibiliser ses adhérents et le grand public ; promouvoir des initiatives pour une agriculture qui préserve la santé et l’environnement ; soutenir les initiatives politiques et juridiques. Avec une vingtaine de mutuelles et de groupes mutualistes, Mutami a écrit aux députés pour ne pas qu’ils autorisent la réintroduction de l’acétamipride à titre dérogatoire comme le souhaitait la commission mixte paritaire.

Quelles sont les actions à venir ?

J. L. R. : Nous avons retenu quatre actions prioritaires : la création de la fABrique à sucres, une microsucrerie qui produira du sucre bio à partir de betteraves. Ce projet situé près de Cambrai pourrait bénéficier de placements financiers de la part des mutuelles. Ensuite, composé d’experts et d’influenceurs, le mouvement « On est prêt » lance une campagne choc pour sensibiliser aux pesticides, avec une carte interactive afin de visualiser la pollution près de chez soi (onestpret.com). 

Nous soutenons également l’association Générations futures, qui organise la Semaine pour une alternative aux pesticides du 20 au 30 mars 2026, et propose un site web pour connaître l’état des lieux dans sa commune.

Nous avons aussi choisi Secrets toxiques, une coalition d’associations qui mène une vaste sensibilisation aux pesticides ainsi que des actions juridiques. Elle vient d’obtenir de la justice européenne que les industriels révèlent la composition complète de leurs pesticides. Par ailleurs, je tiens à rappeler la pertinence de l’Odyssée pour notre santé : une caravane de cyclistes et de victimes des pesticides qui va circuler en Europe jusqu’en 2027 pour dire « au revoir aux pesticides et bonjour aux solutions », et que les Mutuelles pour la santé planétaire ont présentée aux côtés de Générations futures

Propos recueillis par Monique Castro