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« Pour les PFAS, des solutions de traitement de l’eau existent, et la recherche avance très vite »

Julie Mendret, Maître de conférences à l’Université de Montpellier, docteure en génie des procédés de l’environnement, spécialiste du traitement de l’eau. © Elise Ortiou

Maître de conférences à l’Université de Montpellier, docteure en génie des procédés de l’environnement, spécialiste du traitement de l’eau, Julie Mendret revient sur les technologies permettant de retirer les PFAS de l’eau potable.

Est-il aujourd’hui possible de se débarrasser des PFAS dans l’eau ?

Julie Mendret : Oui, le processus est aujourd’hui maîtrisé. Ce sont des technologies qui fonctionnent. On peut enlever une grande partie des PFAS. Ceux à chaîne longue peuvent par exemple être éliminés à plus de 90 %.

Qu’est qu’un PFAS à chaîne longue ?

J. M. : Les PFAS sont des molécules dont la chaîne carbonée est plus ou moins longue. Il y a les chaînes longues, les courtes et les ultra-courtes. Plus la chaîne est petite et courte, plus il est difficile de les éliminer. Pour les PFAS à chaîne longue, le procédé de filtration au charbon actif fonctionne très bien.

Ces dispositifs sont-ils répandus en France ?

J. M. : La filtration sur charbon actif est quand même assez systématique lorsque des problèmes de pesticides sont identifiés. Maintenant, avec l’obligation depuis le 1er janvier dernier d’intégrer les PFAS dans les analyses sanitaires de l’eau de consommation, toutes les stations qui vont rencontrer des problèmes vont devoir s’équiper.

Comment fonctionne les systèmes à base de filtre ?

J. M. : Les PFAS ne sont pas dégradés, ils sont juste retirés. Sur les filières de production d’eau potable, il existe des techniques comme la filtration membranaire ou la filtration sur charbon actif. Concrètement, ce sont des procédés qui vont retenir les PFAS dans un petit volume, tandis que le reste sera épuré. Par exemple, avec la filtration membranaire, on produit d’un côté une eau pure et de l’autre côté un concentrat, un volume réduit, mais très concentré en PFAS.

Oui, je pense que c’est un scandale sanitaire. C’est une pollution massive, qui touche tout le monde.

Aujourd’hui, il y aurait donc des réponses pour tous les types de PFAS ?

J. M. : A peu près, mais encore une fois, ce sont des méthodes de séparation, pas de dégradation. Ça ne résout pas le problème des PFAS : ils ne sont pas dégradés.

Que deviennent les PFAS une fois retirés de l’eau ?

J. M. : Le charbon actif est régénéré. Pour cela, il est chauffé à très haute température (supérieure à 1 000 degrés) dans des usines équipées de fours adaptés. Et sur les chaînes de production d’eau potable utilisant la filtration membranaire, les concentrats sont souvent rejetés dans les cours d’eau…

Les PFAS sont donc à nouveau relâchés dans l’eau ?

J. M. : Concernant la filtration membranaire, oui, et ce n’est vraiment pas idéal… S’il est aujourd’hui possible d’enlever les PFAS de l’eau, nous ne sommes pas encore en mesure de les éliminer ensuite totalement. La recherche travaille activement sur des méthodes qui permettraient de dégrader ces PFAS, à la différence des procédés de séparation.

A quel horizon cette solution pourrait-elle arriver ?

J. M. : D’ici à une petite dizaine d’années, nous serons je pense vraiment au point sur les différents procédés de dégradation des PFAS.

Que pensez-vous de l’implication de l’Etat sur ce sujet ?

J. M. : C’est là que le problème se pose. Il n’y a pas assez de subventions de la part de l’Etat… La mise en place de ces procédés implique des coûts supplémentaires, et le principe du « pollueur-payeur » n’est pas encore appliqué, il vient d’être encore repoussé…

Que changerait réellement le principe du « pollueur-payeur » ?

J. M. : Cela éviterait que le coût du traitement de l’eau repose sur les citoyens via leur facture. Les dépenses seraient assumées par les acteurs à l’origine des PFAS. Mais surtout, cela créerait une vraie incitation à réduire ou remplacer ces substances : quand la pollution a un coût direct, on agit plus vite pour l’éviter.

Conseillez-vous de continuer à boire l’eau du robinet ?

J. M. : Tout à fait. il ne faut pas que cette crise sanitaire fasse que les gens se détournent de l’eau du robinet. Je recommande de boire de l’eau du robinet. L’eau en bouteille n’est pas un modèle soutenable selon moi. Cela génère des émissions carbone, le plastique n’est pas recyclé et l’eau qu’elle contient n’est pas exempte de problèmes sanitaires, notamment du fait de la présence de microplastiques, mais aussi de PFAS. Et le scandale des eaux en bouteille montre que les minéraliers utilisent les mêmes techniques que dans les usines de potabilisation. Oui, je pense que c’est un scandale sanitaire. C’est une pollution massive, qui touche tout le monde. C’est un mot qui m’est venu comme ça, mais oui, je le garde.

Vous restez optimiste ?

J. M. : Oui, mais avec lucidité. On comprend aujourd’hui beaucoup mieux les PFAS, leur présence dans l’eau et les leviers techniques pour les éliminer. La recherche avance vite, notamment sur les procédés de traitement, et des solutions existent. Le vrai frein n’est pas scientifique, il est économique et politique : équiper les stations a un coût important, et sans un portage fort de l’Etat et une application réelle du principe « pollueur‑payeur », le déploiement restera trop lent