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« Le théâtre social, une manière d’être au monde et de lui donner du sens »

Fabienne Brugel, cofondatrice de la compagnie Nous n’abandonnerons jamais l’espoir (Naje). © Magali Delporte

En 1997,  Fabienne Brugel a fondé sa compagnie, Nous n’abandonnerons jamais l’espoir, après avoir travaillé avec Augusto Boal, le créateur du Théâtre de l’Opprimé. Elle transmet à son tour les valeurs du théâtre social.

« J’étais assistante sociale et dans le cadre de mon activité professionnelle, j’ai découvert le Théâtre de l’Opprimé. Je me suis formée. J’ai rencontré Augusto Boal, l’inventeur de ce grand mouvement du théâtre social qui dénonce les rapports de pouvoir, de domination et donc d’oppression dans la société. Puis j’ai monté un spectacle avec des travailleurs sociaux, des habitants et habitantes, sur la condition des ouvrières en bonneterie (j’habitais à Troyes à l’époque).

J’ai aussi travaillé avec le monde paysan et, en 1997, j’ai franchi le pas en créant ma compagnie, avec Jean-Paul Ramat, Nous n’abandonnerons jamais l’espoir (Naje). C’est une phrase d’Hannah Arendt que j’aime beaucoup. Elle nous donne du courage et de la détermination. Notre travail consiste à décoder les rapports sociaux qui sont à l’œuvre. On y associe des comédiens professionnels, des amateurs et des usagers volontaires. Ainsi, on prolonge l’œuvre du Théâtre de l’Opprimé en explorant l’incroyable richesse de cet outil et en le transmettant à notre tour le plus fidèlement possible.

Notre dernier spectacle traite de la montée des fascismes dans notre société. Il a été joué par une trentaine d’amateurs de milieux sociaux divers et la dizaine de comédiens de la compagnie. Jean-Paul Ramat a collecté une grande quantité de documentation, ainsi que les discours de nos politiques, pour écrire le texte. Cela parle du capital et du politique, des répercussions dans nos vies et notre société. La façon dont on maltraite toujours les mêmes, les exclus, comment on érige les étrangers en boucs émissaires, comment on détruit notre planète… Ce qui m’intéresse, c’est de faire fonctionner cet outil extraordinaire qu’est le Théâtre de l’Opprimé pour chercher ensemble comment agir, comprendre les mécanismes à l’œuvre, se donner de la force, de la détermination et de l’espoir pour agir. »