Selon une enquête réalisée par Action contre la faim, Adsf Agir pour la santé des femmes et la Fondation de l’Armée du Salut sur un site de distribution alimentaire à Paris, 50 % des bénéficiaires interrogés n’avaient pas recours à l’aide alimentaire avant la crise de la Covid-19. Ce chiffre confirme un ressenti de terrain et des données de fréquentation en explosion chez tous les acteurs de l’aide alimentaire. Les trois associations tirent la sonnette d’alarme : la crise sanitaire de la Covid-19 est une bombe à retardement sociale.



Réalisée en septembre et octobre 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 179 bénéficiaires d’une distribution quotidienne de panier-repas dans le XVIIIe arrondissement de Paris (41 % de femmes et 59 % d’hommes), cette enquête confirme la forte augmentation de l’insécurité alimentaire depuis la crise de la Covid-19. Plusieurs chiffres sont particulièrement alarmants. 

Ainsi, la moitié des répondants n’avaient pas recours à l’aide alimentaire avant l’arrivée de la Covid-19 en France. 

Un tiers des personnes interrogées vivent dans leur propre logement. Pour celles qui disposent d’un minimum de revenus, le budget repas hebdomadaire a baissé de 30 %, passant de 39,9 € à 27,7 € depuis le début de l’épidémie, soit une perte de près de 12 € par semaine. Des chiffres qui démontrent une nette dégradation de la situation économique des personnes due à la crise sanitaire, alors que les dépenses alimentaires sont une variable d’ajustement pour les ménages français. 

Enfin, parmi les données inquiétantes, 32 % des répondant.e.s disent que le nombre moyen de repas qu’ils prenaient avant la crise était supérieur au nombre de repas pris actuellement. D’ailleurs, 44 % des personnes interrogées affirment n’avoir pris qu’un seul repas le jour précédant l’enquête. On note également que 23 % des enfants ont été contraints de réduire leur consommation alimentaire en raison de la crise.

Selon l’enquête réalisée par l’Adsf sur le public féminin, la quasi-totalité des femmes interrogées ont dû renoncer à certains produits, notamment d’hygiène, par manque de ressources financières ; elles ont emprunté de la nourriture ou de l’argent à un ami/parent et limité la taille des parts du repas. Afin de privilégier l’alimentation des enfants, presque toutes les femmes questionnées ont expliqué avoir réduit leur propre consommation. L’enquête révèle également que 52 % des femmes, qui ont une moyenne d’âge de 51,3 ans, présentent un problème de santé, contre 30 % pour les hommes.

En raison d’une situation aggravée par la crise sanitaire, une partie de la population ayant fréquenté ce site comprenant des personnes à la rue, des personnes âgées vivant seules, des femmes avec enfants et des travailleurs pauvres est désormais considérée en « insécurité alimentaire sévère ». La sécurité alimentaire et nutritionnelle sont des composantes essentielles de l’état de santé global des personnes en grande précarité.

Cette enquête a été finalisée juste avant le nouveau confinement de novembre. Il est à craindre une situation encore plus alarmante depuis ce reconfinement.