La France est confrontée à des pénuries massives de médicaments, que la Covid-19 a encore aggravées. Elles concernent le monde entier et ont été reconnues par l’Organisation mondiale de la santé comme un défi majeur.


En France, le seul indicateur qui les mesure est la déclaration obligatoire à l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm). Elle oblige les industriels à rendre publiques les ruptures d’approvisionnement ou de stock des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (Mitm). De 404 en 2013, leur nombre est passé à 1 499 en 2019. Et il risque de monter avec la crise sanitaire. Les antibactériens, les vaccins et les antiviraux sont les premiers concernés. Manquent aussi les corticoïdes, les traitements pour la sclérose en plaques… En octobre 2018, un collectif de patients atteints de la maladie de Parkinson lançait un appel pour dénoncer le manque d’un médicament diminuant les tremblements.

La cancérologie très impactée

En 2017, parmi les traitements signalés à l’Ansm, 22 % concernaient la cancérologie. La même année, l’Institut national du cancer estimait qu’une quarantaine de médicaments essentiels en cancérologie avaient manqué et soulignait le risque de perte de chance pour les malades, l’absence de traitement de substitution entraînant des risques de récidive ou conduisant à des chirurgies mutilantes. Il signalait que certains traitements substitutifs s’avéraient moins efficaces que la spécialité indisponible. Ce constat a poussé la Ligue contre le cancer à mener une étude en 2019 auprès des professionnels de santé. 45 % indiquaient de fréquentes pénuries pour les chimiothérapies injectables ; 36 % pour les chimio orales ; 64 % pour les médicaments contre les effets indésirables. 70 % des professionnels qui y étaient confrontés déploraient ne pas savoir clairement à qui s’adresser pour recueillir des informations. Cette situation les laisse démunis face aux questions de leurs patients et contrevient à la loi de 2002 relative aux droits des usagers, qui stipule que les pouvoirs publics doivent prendre les dispositions pour que le droit à l’information des malades soit respecté. Les chiffres font froid dans le dos : 75 % des professionnels s’accordent à dire que, malgré l’existence de médications de substitution, les pénuries entraînent une perte de chances pour les personnes malades et 45 % constatent une détérioration de la survie à cinq ans. En septembre dernier, la Ligue contre le cancer lançait la campagne choc « Cher patient, pour votre médicament, merci de patienter ». « Les pénuries de médicaments utilisés dans les traitements des cancers sont un fléau silencieux qui s’aggrave d’année en année et que le contexte de la Covid-19 ne fait que renforcer. Au-delà même du manque de certains médicaments, l’insuffisance d’information, de transparence, les sentiments d’inquiétude et de colère des malades sont autant de conséquences délétères pour elles, mais aussi de difficultés pour les professionnels de santé », s’indigne Axel Kahn, son président. La Ligue a mis en place penuries.ligue-cancer.net, une plateforme ouverte. Elle reçoit un nombre croissant de témoignages. Certains évoquent la possibilité de recourir à une action en justice pour faire valoir leurs droits.

Pour connaître les médicaments en ruptures sur le site de l’ANSM.