69 % des Français estiment qu’il existe des inégalités face au cancer, d’après un sondage de l’Institut Curie-Viavoice, publié le 11 septembre, notamment dans l’accès au dépistage ou dans la prise en charge médicale.

Malgré les progrès médicaux et la prise en charge, le cancer continue de faire peur. Et quand la maladie frappe, les inégalités se creusent. Notamment lors de l’accès au dépistage, aux soins innovants mais aussi après la maladie, lors du retour au travail. Ces inégalités sont une source d’inquiétude pour sept Français sur dix, d’après les derniers chiffres du sondage de l’Institut Curie-Viavoice.

Inégalités sociale et territoriale

Une situation personnelle ou professionnelle fragile est considérée par les personnes interrogées comme un handicap face au cancer. D’ailleurs, les inégalités de revenus sont citées par 49% des sondés. Puis, vient le lieu de résidence (45 %), le niveau d’information sur le sujet (42 %) et le fait d’être seul ou isolé (39 %).

47% mettent en cause la difficulté d’accès. Notamment pour obtenir un rendez-vous (21%); les sondés pointent du doigt également l’éloignement géographique des centres de dépistage (17  %). «  Il y a une inégalité territoriale d’accès aux centres de référence. Quand vous habitez au fin fond de la Lozère ou pire dans un département d’Outre-mer, c’est beaucoup plus compliqué d’avoir accès à un médecin », déplore Emmanuel Jammes, de la Ligue Nationale contre le Cancer.

Les Français se disent mal informés

La prise en charge et les soins, le dépistage, la prévention sont des domaines où les personnes interrogées se disent mal informées. D’autre part, même si les facteurs de risque comme le tabagisme, l’alcoolisme, l’exposition au UV sont bien repérés, ceux liés à l’alimentation, au travail ou à l’exposition à certains virus ou bactéries « accusent un manque d’information clair et ne sont identifiés que par 1/3 des individus interrogés », précise le sondage.

Conclusion : « Il nous faut faire plus de pédagogie sur la prévention, le dépistage et sur la relation cancer-travail, défend le Pr Thierry Phillip, Président du directoire de l’Institut Curie, mieux expliquer le rôle des facteurs de risque, favoriser un dépistage précoce, car plus une tumeur est détectée tôt plus on a de chance de la guérir ».

L’après cancer

L’après cancer est un sujet évoqué dans le sondage car l’empreinte de la maladie ne disparaît pas au moment de l’arrêt des traitements. Et le retour au travail peut s’avérer douloureux à tous les niveaux. 62% des personnes interrogées perçoivent comme difficile, après un cancer, de retrouver une vie professionnelle « normale ». Les faits sont là : cinq ans après un diagnostique de cancer, une personne sur cinq a perdu son emploi. Et ce sont encore les plus vulnérables sur le marché de l’emploi, qui paient un lourd tribu.

Aura-t-on accès aux traitements innovants ?

Les personnes interrogées sont pessimistes quant à l’avenir. 43% estiment que le système de santé ne garantira pas, dans les années à venir, un accès équitables aux traitements innovants. Cette perception est accrue parmi les résidents dans les communes rurales (50%) ainsi que chez les employés et les ouvriers (48%). En effet, les nouveaux médicaments sont hors de prix et ne cessent d’augmenter. Le Pr Thierry Phillip s’inquiète : « l’impact sur le budget de l’Assurance maladie est tel que cela pourra remettre en cause l’égalité d’accès à l’innovation et aux meilleurs traitements à l’ensemble des citoyens. Il est urgent de trouver des solutions avec tous les acteurs du secteur pour éviter une situation qui posera un grave problème éthique ».

La 7ème édition de l’Observatoire Cancer de l’Institut Curie, regroupe les témoignages de 1002 personnes, sondées en ligne par l’Institut Viavoice entre le 13 et 17 mai 2019.