Après le premier confinement, de nombreux citadins ont quitté les grandes villes pour s’installer dans des villes moyennes, moins chères et plus vertes.

Nathalie est journaliste pigiste. Partir, s’installer ailleurs… L’idée lui trottait dans la tête. Elle rêvait de campagne et de nature, de trouver une maison pas trop loin d’une gare pour pouvoir rejoindre Paris facilement. Le premier confinement a été un déclic : « Je me suis rendu compte que rien ne m’obligeait à rester à Paris. Je pouvais tout à fait travailler à distance. Alors j’ai sauté le pas. » Elle a trouvé une maison près de Saintes (Charente-Maritime) pour le même loyer que son deux pièces parisien : « J’ai de la place, un jardin, je vis au milieu de la nature, je me vois mal revenir en arrière. » Julien travaille dans une société d’informatique. Lui aussi a décidé de quitter la banlieue parisienne. Il a pu acheter une maison ancienne au cœur de Granville (Manche) à moins de 200 000 €. « Impensable en région parisienne », explique-t-il. « Je louerai un AirBnB deux soirs par semaine à Paris pour assister aux réunions en présentiel. »

Un grand besoin de nature

Est-ce un phénomène massif ? Si, dans les sondages, un Français sur deux affirme que la crise lui a donné envie de « changer de vie », dans les faits, on estime entre 15 et 20 % le nombre de ceux qui ont franchi le pas. Un chi re qui est loin d’être anecdotique. « L’expérience des con nements, surtout du premier, a été très particulière, explique Rémy Oudghiri, directeur général de Sociovision (groupe Ifop). Cette mise à l’arrêt est inédite dans l’histoire contemporaine.
Du jour au lendemain, nous sommes devenus spectateurs de nos vies. Nous avons eu le temps de ré échir au sens que nous voulions leur donner. » Selon lui, les enquêtes réalisées en 2020 ont montré le besoin de nature des Français. « Nous avons été assignés à résidence au moment où nous connaissions un tournant dans la crise écologique. Les Français se sont demandé si la ville avec le bruit, la pollution, le manque d’espaces verts était viable à long terme. » Les études ne montrent pas pour autant une volonté radicale de changement, à l’image du très politique exode vers le Larzac dans les années 1970. Nous ne sommes pas non plus dans le phénomène des citadins quittant les grandes villes pour aller ouvrir des chambres d’hôtes en Ardèche : « La grande nouveauté, c’est le télétravail. Après deux siècles d’exode rural, la ville n’apparaît plus comme allant dans le sens de l’histoire.
Je ne pense pas pour autant que le pays va être bouleversé d’un seul coup. Les changements vont se faire lentement, même si on ne reviendra pas en arrière », poursuit Rémy Oudghiri.

Les villes vont résister

Mais ces néo-ruraux habitués à une grande offre de loisirs pourront-ils tenir longtemps dans des « déserts culturels » ? « Ceux qui partent ne vont pas s’installer au fond des bois. Ils vont plutôt vers les villes moyennes où les loyers sont plus accessibles. Et l’offre culturelle de proximité va se développer. »
Les experts ont cependant une crainte : voir augmenter des inégalités qui pourraient venir accentuer les fractures existantes.
Ce sont plutôt les catégories socio-professionnelles favorisées qui peuvent télétravailler. Les gens plus modestes dont les métiers requièrent leur présence ne pourront réaliser leurs rêves de départ s’ils en ont.
« Le scénario catastrophe serait de voir une situation à l’américaine avec les centres-villes désertés au profit
des périphéries. Mais les villes ne vont pas se laisser faire. On le voit déjà partout avec la victoire des maires écologistes aux dernières municipales. » Ceux-là ont la volonté de rendre les villes plus agréables
à vivre. Elles ont déjà amorcé leur révolution.