L’association FondaMental alerte sur la nécessité de prendre en charge les soins psychiatriques qui « vont augmenter dans les semaines et mois à venir et la France n’est pas armée pour y faire face », précise-t-elle. Ce risque est aussi constaté à l’échelle internationale.

Les spécialistes de la santé mentale, comme la Pr Marion Leboyer, directrice de la Fondation FondaMental, psychiatre à l’hôpital Henri Mondor et directrice de recherche à l’Inserm, s’inquiètent des besoins en santé mentale qui vont augmenter, en pleine épidémie de Covid-19. « Il faut donner aux professionnels de santé les moyens d’agir » souligne-t-elle.

Des troubles psychiatriques en augmentation

L’épidémie de covid-19 fait aussi des dommages du côté de la santé mentale. Le climat anxiogène qui règne, les incertitudes économiques, l’obligation de s’adapter à de nouvelles mesures restrictives… toutes ces raisons font que les troubles psychiatriques sont en augmentation, constatent les spécialistes. Au début de l’épidémie, les données de Santé Publique France montraient déjà que la prévalence de l’anxiété en population générale était de 26,7%, particulièrement chez les femmes, les jeunes et les personnes en situation de précarité économique.

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Et cela se vérifie dans les autres pays touchés par l’épidémie de coronavirus. Les chiffres concernant la santé psychique ne sont pas très bons. L’Organisation mondiale de la santé (Oms) a publié des chiffres début octobre, portant sur 130 pays : « la pandémie de Covid-19 a perturbé ou interrompu les services de santé mentale essentiels dans 93% des pays du monde, et les besoins augmentent ».

Aux Etats-Unis, une étude (Journal of the American Medical Association -Jama, 2 septembre 2020) montre que la prévalence de la dépression a plus que triplé pendant la pandémie, passant de 8,5% avant l’épidémie à 27,8%, pendant. Le risque était particulièrement accru pour la dépression sévère (0,7 à 5,1%). Un revenu plus faible, et une exposition à plus de facteurs de stress majoraient encore ce risque.

Les patients infectés par la covid sont plus vulnérables

Une autre étude italienne (Mazza et al., Brain Behav Immun. 30 juillet 2020) portant sur des patients infectés par le Sars-CoV-2, met en évidence un nombre important de cas de dépression (31%), de troubles stress-post traumatique (28%) et de troubles anxieux (42%) dans les mois qui ont suivi l’infection. S’y ajoutent des troubles du sommeil dans 40% des cas. Au total dans cette étude, 56% des patients présentaient un trouble mental.

La psychiatrie, parent pauvre du système de soins

Pour l’association FondaMental, « alors que la psychiatrie est le parent pauvre du système de soins français, cette épidémie met en lumière la place fondamentale de cette discipline dans la gestion de la pandémie et de ses répercussions ». D’autre part, « il est très important d’informer sur le stress, les troubles du sommeil, les troubles anxieux, les addictions et de rappeler les règles d’hygiène de vie (rythme de sommeil, activité physique, liens sociaux,…) ».