Deux ans après son installation dans sa maison de Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis), Henri Grouès, l’« abbé Pierre », accueille Georges Legay,
un ancien bagnard. « Viens m’aider à aider les plus pauvres », lui propose-t-il.
C’est ainsi que naît, en 1949, la communauté Emmaüs, nommée d’après un petit village de Palestine, dont le nom signifie « espoir ».

Bientôt, d’autres compagnons rejoignent la communauté. Ensemble, ils construisent des abris de fortune pour les sans-logis de l’après-guerre, sur des terrains que l’abbé Pierre a achetés. Les noms fleurent bon la campagne : cité des Champs-Fleuris, des Coquelicots… Pourtant, la misère y fait des ravages. Durant l’hiver 1954, particulièrement rigoureux, un bébé meurt dans la cité des Coquelicots. Logé en dépannage dans une vieille carcasse d’autobus avec ses parents, il n’a pas résisté au froid. Le sang de l’abbé Pierre ne fait qu’un tour. Le 1er février, il prend la parole au micro de Radio Luxembourg et lance son fameux appel : « Mes amis, au secours […] il faut des centres de dépannage partout. » Son cri du cœur résonne dans toute la France. Des millions de personnes se mobilisent. Le gouvernement, sous la pression populaire, débloque 10 milliards de francs pour la construction de 12 000 logements de première nécessité et fait voter une loi interdisant les expulsions pendant la période hivernale.

« Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte de Paris. »

Toute la misère du monde

La tâche est immense, mais elle est loin de décourager le curé des pauvres. Au début des années 1960, l’abbé Pierre parcourt le monde, multiplie rencontres et conférences pour porter haut la voix des sans-voix. Il s’engage alors dans une lutte internationale contre la misère. Le mouvement Emmaüs essaime dans de nombreux pays. En 1971, Emmaüs International est créé. Puis c’est au tour de la Fondation de voir le jour en France en 1992, pour lutter contre le mal-logement. Au terme d’une vie bien remplie, le 22 janvier 2007, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans, le fondateur d’Emmaüs s’éteint.
7 000 compagnons continuent de faire vivre sa cause.

https://emmaus-france.org/