A la veille de l’assemblée générale de la Mutuelle Smh, préparée dans un contexte inédit, rencontre avec sa présidente, Carole Moreira.

Comment la Mutuelle Smh aborde-t-elle son AG, à la lumière de la crise sanitaire ?

Pour cette AG, on ne pourra pas occulter la crise et les craintes pour le monde d’après. Il faut réécrire notre projet, rebattre les cartes pour prendre pleinement notre place dans les territoires.

Au plus fort de la crise, nous avons identifié les ruptures et, au sein de la mutuelle, nous avons pu agir dans l’urgence. La proximité et l’entraide, c’est ce qui a fait la solidarité, c’est le fondement de notre identité mutualiste.

Mais comment éviter ces ruptures ? Il faut travailler sur l’accompagnement, au cœur des besoins. Une mutuelle, ce n’est pas juste des cotisations et des prestations. Elle a un rôle d’accompagnement sanitaire et social. La commission d’aides exceptionnelles et le service d’accueil et d’accompagnement de l’adhérent doivent travailler de concert avec la prévention : il ne s’agit pas de dispenser seulement une aide ponctuelle, mais d’étudier les dossiers dans leur ensemble pour mieux orienter les personnes.

Nous voulons construire le monde d’après avec les acteurs du mouvement social, et travailler plus en profondeur sur des actions de terrain. Mettre en œuvre des comportements pour une société responsable, c’est notre rôle en tant qu’acteur de l’économie sociale et solidaire. Les délégués sont sollicités pour prendre part à ce projet.

S’ouvrir sur le monde d’après, c’est la volonté de la mutuelle ?

Comment interpeller nos publics, interpeller la population, nos adhérents pour les amener à travailler avec nous ? Ce sont les questions que nous devons continuer à nous poser pour nous renouveler.

Pendant la crise, nous avons favorisé l’expression en ligne, les appels à témoignage et à la mobilisation, pour retrouver le côté militant. Nous continuons à le faire. Pour s’ouvrir sur le monde d’après, la mutualité dans son ensemble doit revenir aux fondamentaux pour construire des liens avec les territoires. Les nouvelles solidarités qui ont été mises en œuvre pendant la crise doivent être démultipliées.

En ce qui concerne les jeunes, par exemple, nous pensons créer un conseil des jeunes, adhérents ou non, d’où qu’ils viennent pour faire remonter leurs propositions, leurs problématiques et, pourquoi pas, créer un accompagnement sous forme de tutorat pour les inviter à intégrer par la suite nos instances.

Pour la mutuelle, au lien historique avec les agents hospitaliers, le Ségur de la santé augure-t-il des changements positifs ?

La construction de ce Ségur est une mascarade !

Il est censé rectifier le plan Ma santé 2022, mais en réalité la ligne directrice est la même. La T2A n’est pas remise en question. Les fermetures de lits et d’établissements ont continué pendant la crise. Rien dans ce Ségur sur le dégel du point, sur les grilles indiciaires des personnels hospitaliers. Les financements annoncés ne sont pas à la hauteur.

C’est un manque de reconnaissance et de considération des soignants au regard de l’alerte des services d’urgences sur la situation de l’hôpital et de notre système de santé. Il faut repenser le financement de la Sécurité sociale, élargir l’assiette des cotisations à la plus-value des grandes entreprises, arrêter les exonérations de cotisations sociales à tout-va. C’est aussi au niveau européen qu’il faut agir, il nous faut une Europe sociale accompagnée d’un réel projet de santé fondé sur les besoins et pas sur les coupes budgétaires. Il faut également une protection sociale de haut niveau, une politique d’achat des dispositifs médicaux – on l’a bien vu, hélas, avec la guerre des masques – et une réelle politique de recherche européenne.  

Propos recueillis par Marie-Hélène Olla