Avec la crise sanitaire, nos villes ont été obligées de s’adapter. De bonnes habitudes ont été prises qui nous permettront probablement de vivre mieux et en meilleure santé demain. 

Les questions de santé et les épidémies ont toujours impacté l’architecture des villes. En Grèce antique, on construisait les cités en tenant compte de la circulation des vents afin que ceux-ci emportent les miasmes au loin. Suite à la terrible épidémie de choléra à Paris en 1832 -elle va tuer 19 000 personnes à Paris et donner naissance à la loi de 1850 sur l’insalubrité- les urbanistes commencent à penser la ville autrement. Pour les hygiénistes du 19 e siècle confrontés aussi à la tuberculose, la ville est un corps avec son cœur, ses poumons verts et ses artères. L’habitat va s’espacer, les fenêtres s’élargir pour laisser entrer le soleil et une meilleure aération et les villes se dotent de parcs et de « promenades ». Mais après la seconde guerre mondiale avec la découverte des antibiotiques, on imagine que les épidémies sont derrière nous, l’urbanisme passe au second plan : dans les trente glorieuses, la ville devient productiviste. Elle est conçue pour un homme, en bonne santé, solvable et actif, explique l’urbaniste Thierry Pacot (1). Avec l’explosion des maladies chroniques et de la précarité, cette ville rejetant les souffrants, les exclus, les plus pauvres avaient déjà montré toutes ses limites. Covid-19 a accéléré le phénomène.

Télétravailler

La pandémie a entraîné un phénomène mondial de télétravail. Et si celui-ci est réversible, il est certain que dans les prochaines années les déplacements professionnels diminueront ou s’étaleront sur des horaires plus élastiques. Moins de conférences, de colloques, de réunion… Les moments de convivialité dans les entreprises risquent eux aussi de se raréfier. 

Réinvestir son quartier

« Avant pour le déjeuner, je mangeais avec les collègues de mon entreprise, aujourd’hui on se retrouve entre voisins au resto du coin », explique Yves 50 ans habitant l’est parisien. Et puisque désormais nous vivrons plus dans notre quartier, les habitants vont devoir réinventer des lieux de socialisation plus locaux : terrasses, squares, places, espaces de coworking… Avant Covid, de nombreuses villes avaient déjà réfléchi à cette question et monté des projets expérimentaux. Elles passent désormais à la vitesse supérieure et ont recours à ce que l’on appelle « l’urbanisme tactique » qui désigne une démarche citoyenne, participative et portée par des habitants eux-mêmes.

Se déplacer autrement

Les pistes cyclables ont été les grandes gagnantes de la crise. Et sans doute elles le resteront. En poussant les citadins à plus se déplacer à pied ou en vélo, cette ville intelligente et participera à la prévention des maladies chroniques et permettra aux personnes âgées, handicapées et aux enfants de se réapproprier l’espace public.

Des dizaines de villes françaises prévoient de nouveaux aménagements cyclables et piétons. Il s’agit notamment de restreindre la place réservée à la voiture, en supprimant, par exemple, des places de stationnement, ou en ouvrant des « slow streets », comme à San Francisco. 

Végétaliser

Avec le réchauffement climatique, la végétalisation va aussi devenir un impératif sanitaire On le sait : planter des arbres, créer des jardins, permet de gagner 1 à 2 degrés de température, ce n’est pas rien à une époque où les épisodes caniculaires sont de plus en plus fréquents.  Ces derniers permettent de se retrouver dans des espaces aérés… Mais plus encore, le concept de fermes urbaines est en train d’exploser. Déjà une vingtaine existe à Paris comme celle de la Recyclerie qui a créé un poumon vert de 1000 mètres carrés dans une des zones les plus denses de la capitale. Une centaine de ferme urbaine existe déjà ou sont en projet dans le département très urbanisé des Bouches du Rhône. 

La ville en 15 minutes

Paris a aussi l’ambition de mettre en place le projet « ville en 15 minutes » et deremodeler l’espace pour que les habitants puissent satisfaire leurs besoins de médecins, d’écoles, de lieux de savoirs, de divertissement, d’alimentation, de parcs, et de bassin d’emploi dans ce laps de temps : une façon de décentraliser les services publics, de réduire les transports. Les espaces de bureaux désertés dans le cœur des cités pourront ainsi être redéployés en logement. A l’avenir, il n’y aurait plus dans les agglomérations un mais des centres ville. 

PAQUOT Thierry, Mesure et démesure des villes, CNRS éditions, 2020.