
Le 8 juillet, la loi Duplomb a réintroduit l’acétamipride, un pesticide interdit depuis 2018 par la France et qui, d’après des études, serait potentiellement cancérigène. Le point avec Francelyne Marano, vice-présidente de la Ligue contre le cancer et professeure émérite en toxicologie à l’Université Paris Cité.
Qu’est-ce que la loi Duplomb et en quoi inquiète-t-elle la Ligue contre le cancer ?
Francelyne Marano : La loi Duplomb est née en réaction aux mobilisations des agriculteurs, pour alléger certaines contraintes et normes imposées par l’Union européenne et leur permettre de mieux vivre de leur métier, ce que la Ligue soutient pleinement. Ce qui nous inquiète en revanche, c’est que cette loi marque une régression des normes environnementales, notamment en matière de pesticides, dont beaucoup sont des agents reconnus comme dangereux pour la santé.
Quels sont les risques pour la santé publique liés à cette loi ?
F. M. : Deux expertises de l’Inserm, menées en 2016 et 2021, ont montré que les pesticides augmentent le risque de maladies chroniques et de cancers. Les agriculteurs sont les premiers touchés, mais aussi les riverains et l’ensemble de la population, via les résidus présents dans l’air et dans l’alimentation. Ces expositions sont associées à un risque accru de lymphomes non hodgkiniens, ainsi qu’à des cancers de la prostate, du sein et à certains cancers pédiatriques.
Le danger est que cette loi ouvre la voie à des dérégulations, voire à la réautorisation de pesticides bannis pour des raisons sanitaires et environnementales.
Le débat tourne autour d’une molécule : l’acétamipride.
F. M. : Cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes, interdit en France depuis 2018, suscite la réaction des associations environnementales en raison de ses effets sur les pollinisateurs. Mais le danger est que cette loi ouvre la voie à des dérégulations, voire à la réautorisation de pesticides bannis pour des raisons sanitaires et environnementales. Nous alertons aussi sur un autre point majeur : la mise sous tutelle de l’ANSES, l’agence qui délivre les autorisations de mise sur le marché. Sorti de la loi, ce contrôle de l’ANSES est revenu par un décret publié le 9 Juillet ! Préserver son indépendance est crucial pour éviter de nouvelles crises sanitaires comme celles de l’amiante ou du chlordécone.
Existe-t-il des études établissant un lien entre cette molécule et le risque de cancer ?
F. M. : Deux études expérimentales chez la rate et la souris ont montré l’augmentation de cancers du sein. De plus, des recherches épidémiologiques et expérimentales indiquent des risques, notamment pour les femmes exposées pendant la grossesse, avec des conséquences possibles sur le fœtus : retard du développement cérébral, baisse du QI, voire autisme. Ces données n’ont pas été suffisamment prises en compte alors que des études récentes associent le neuroblastome pédiatrique et l’exposition aux pesticides[1]. Or, lorsqu’un doute existe, l’expérience montre qu’il faut appliquer le principe de précaution.
Faut-il craindre que l’histoire se répète avec l’acétamipride ?
F. M. : Les arguments utilisés pour réautoriser l’acétamipride sont les mêmes que ceux avancés à la fin du XXᵉ siècle pour justifier l’usage du chlordécone. Il a été massivement utilisé dans les bananeraies aux Antilles alors qu’il était interdit en métropole. A l’époque, les pouvoirs publics affirmaient que le chlordécone ne devait pas poser de problèmes pour la santé et l’environnement contre l’avis des scientifiques, et n’était pas cancérigène… on connaît malheureusement le résultat.
Des alternatives existent-elles aujourd’hui pour les agriculteurs ?
F. M. : La FNSEA défend depuis longtemps l’idée de « pas d’interdiction sans solution ». Pour l’acétamipride, l’INRAE avait proposé des alternatives, mais elles n’ont pas été retenues car plus difficiles à appliquer qu’un simple épandage. Des solutions existent pourtant, mais elles demandent de changer certaines pratiques, comme le rappelle aussi la Confédération paysanne, opposée à cette loi.
Comment comprendre qu’on renforce la surveillance des cancers tout en allégeant les normes sur les pesticides ?
F. M. : C’est une incohérence sidérante. Quinze jours après avoir voté un registre national des cancers, les députés autorisent l’exposition à des substances chimiques dont on connaît les risques, avec une vision à court terme. Or les effets des pesticides apparaissent souvent 20 ou 30 ans plus tard, avec parfois des impacts intergénérationnels. Il faut penser aux générations futures et garder des normes pour les protéger.
Gabrielle Villa
[1] https://cress-umr1153.fr/fr/thesis/facteurs-de-risque-perinataux-et-environnementaux-des-neuroblastomes-de-lenfant/

























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