
Engagée en mutualité depuis ses années étudiantes, Lisa Ribeaud a été élue présidente de Solimut Mutuelle de France lors de l’assemblée générale du 15 mai dernier. Elle revient pour Viva sur sa vision du mandat au service des adhérents et sur les priorités qu’elle porte pour la mutuelle.
Que représente, pour vous, la fonction de présidente mutualiste ?
Lisa Ribeaud : Les vraies mutuelles comme la nôtre sont des sociétés de personnes, pas de capitaux. Comme dans une association, ou tout organisme issu de l’économie sociale et solidaire, nous ne travaillons pas pour enrichir des actionnaires mais pour organiser un modèle solidaire qui garantisse à toutes et à tous un égal accès à la santé. C’est notre fonctionnement démocratique qui assure aux adhérents d’être certains que les décisions stratégiques de la mutuelle servent cet objectif.
En effet, ce sont les adhérents de Solimut qui choisissent leurs représentants parmi d’autres adhérents souhaitant s’engager au service de toutes et de tous. Je suis d’abord adhérente de la mutuelle avant d’être présidente. Et je ne suis pas seule : les délégués à l’assemblée générale et les membres du conseil d’administration constituent un collectif d’adhérents qui veille en permanence à ce que la mutuelle réponde aux besoins et défende les intérêts de l’ensemble des adhérents.
Quelles sont vos priorités ?
L. R. : Défendre les intérêts des adhérents. Cela passe par repolitiser la santé. On a transformé notre protection sociale en un labyrinthe de sigles ; plus c’est technique, moins c’est contesté. Or, il y a urgence à traduire, expliquer et rendre visible l’impact concret de chaque mesure afin que les adhérents reprennent la main sur leur santé. Particulièrement au moment où le gouvernement assume de faire payer aux malades les 5 milliards d’euros d’économies qu’il souhaite réaliser sur la Sécurité sociale.
Nous agissons, particulièrement en cette année anniversaire des 80 ans de la Sécu, pour rappeler partout que ce modèle – que le monde nous envie – doit être financé à la hauteur des besoins.
Dans ce contexte, j’identifie trois priorités principales concernant la mutuelle : lutter pour que le montant de la cotisation reste accessible à toutes et à tous ; agir pour garantir l’excellence de notre qualité de service ; et être reconnus comme un acteur de prévention et de lien social utile aux adhérents et à la société. Plus largement, il nous appartient de toujours mettre en adéquation nos discours et nos actes. Je suis convaincue que c’est en apportant en permanence la preuve de notre action que nous établirons un lien de confiance durable avec les adhérents.
Par quels biais la mutuelle agit-elle sur ces sujets ?
L. R. : Aujourd’hui, la principale barrière à l’accès à la complémentaire santé demeure le montant de la cotisation, notamment pour les retraités et les personnes sans emploi. Des solutions existent : par exemple, la suppression des taxes injustes imposées par l’Etat sur les cotisations. Cela permettrait à chaque adhérent de récupérer deux mois de cotisations par an. C’est pourquoi nous menons depuis plusieurs années la campagne « Pas de taxes sur ma santé ». Nous proposons aux adhérents et au grand public d’interpeller, avec nous, les représentants politiques pour exiger la suppression de cet impôt déguisé.
Pareillement, nous agissons, particulièrement en cette année anniversaire des 80 ans de la Sécu, pour rappeler partout que ce modèle – que le monde nous envie – doit être financé à la hauteur des besoins. De nombreuses solutions de financement existent, contrairement à ce que l’on entend dans le discours politico-médiatique ambiant. Oui, une Sécurité sociale qui rembourse bien, ce sont des cotisations mutualistes moins élevées et un accès à la santé qui ne dépend pas du porte-monnaie.
Notre engagement mutualiste s’ancre dans une approche globale de la santé : agir en amont sur ses déterminants et répondre en aval aux besoins de prise en charge de manière solidaire.
Concernant l’excellence de notre qualité de service, nous voulons franchir de nouveaux caps : améliorer nos délais de prise en charge, laisser à chaque adhérent la liberté de choisir sa relation avec la mutuelle (papier, digital, à distance, en présentiel). Nous souhaitons aussi récompenser la fidélité des adhérents, dont beaucoup sont chez nous depuis plusieurs décennies, apporter de nouveaux services qui répondent aux problématiques liées au vieillissement de la population et à la perte d’autonomie, et aller à la rencontre des adhérents sans attendre qu’ils aient besoin de leur mutuelle.
Enfin, nous avons actualisé notre projet santé qui définit l’ensemble de notre périmètre d’intervention en matière de prévention mais aussi de lien social. Ce n’est pas, pour nous, un supplément d’âme ou un slogan commercial. Notre engagement mutualiste s’ancre dans une approche globale de la santé : agir en amont sur ses déterminants et répondre en aval aux besoins de prise en charge de manière solidaire.
Quelles actions de prévention sont mises en place ?
L. R. : Nous menons notamment des actions de prévention santé, souvent en lien avec des organisations partenaires et qui s’inscrivent à chaque fois dans une démarche d’éducation populaire en impliquant les adhérents pour qu’ils deviennent ensuite acteurs de leur santé. Deux grandes thématiques ont été priorisées par l’assemblée générale : la santé environnementale et la santé des femmes.
Dans le cadre des grandes campagnes nationales, comme celles sur les cancers du sein ou colorectal, nous organisons des opérations locales de terrain, à l’image d’ateliers d’autopalpation mammaire. D’autres initiatives, comme les ateliers cuisine, visent à transmettre des savoir-faire accessibles à tous, dans un esprit de convivialité. Nous proposons également des ateliers mémoire pour les personnes âgées. La proximité est essentielle pour nous, même au-delà du sujet de la prévention.
Comment cette proximité se traduit-elle concrètement ?
L. R. : Aujourd’hui, la dématérialisation est souvent imposée, tant par certains acteurs lucratifs de manière volontaire que dans les services publics à la suite de restrictions budgétaires. Or, tout le monde n’est pas forcément à l’aise avec les outils numériques. Comme l’a rappelé la Défenseure des droits dans un récent rapport, la disparition des accueils physiques accentue les injustices sociales. C’est pour cela que nous faisons le choix de maintenir 65 points d’accueil physique.
Au-delà, notre organisation est pensée en fonction des territoires, où nous sommes présents pour être au plus près des besoins des adhérents. La mutuelle va ainsi multiplier les actions qui permettent de créer du lien social au plus près des adhérents : rencontres-débats, ateliers de prévention, collectes alimentaires, moments de convivialité, etc. Etre un acteur du vivre-ensemble est particulièrement important dans le contexte de repli sur soi et d’indifférence que nous traversons.
PARCOURS DE LISA RIBEAUD
1988 : Naissance à Grenoble.
2016 : Rejoint la LMDE (La Mutuelle des étudiants), dont elle devient la vice-présidente.
2018 : Chargée de mission puis déléguée fédérale à la Fédération des Mutuelles de France (FMF).
2020 : Administratrice puis secrétaire générale de Solimut Mutuelle de France, et élection comme présidente le 15 mai 2025.


























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