Thierry Dubois est président du Cneth (Conseil national des établissements thermaux) et de l’Espa (European Spas Association).

La France est-elle bien placée au sein du thermalisme en Europe ?

Elle est incontestablement au sommet du thermalisme médical en Europe car elle propose une offre structurée, encadrée par des professionnels médicaux et paramédicaux. C’est d’ailleurs pour cela que notre pays a été choisi pour prendre la tête du syndicat européen du secteur il y a trois ans et demi. Le thermalisme français a pris un très grand virage en 2003. Cette année-là est renégociée la convention thermale avec l’assurance-maladie et le ministère de la santé. La question du service médical rendu est abordée. Nous nous sommes dit : « Si on ne fait rien pour apporter les preuves concrètes de l’efficacité du thermalisme, les soins vont être déremboursés. »

Nous avons alors lancé des études, plus d’une cinquantaine, pour un montant de 16 millions d’euros. 16 ont été publiées en anglais dans des revues scientifiques. Cela a permis de faire rayonner le thermalisme français en Europe. On considère désormais que la France est le pays où le thermalisme a connu la meilleurs évolution.

Quelle est la spécificité de la France en la matière ?

Le thermalisme français est très médicalisé. A 90 %, les Français font des cures médicales. 10 % seulement des curistes optent pour des séjours de prévention bien-être non remboursés, en général d’une semaine. Nous ne sommes donc vraiment pas dans le monde de la thalassothérapie. Certains pays comme l’Italie mixent cures médicales – elles sont un peu mieux remboursées qu’en France mais durent seulement deux semaines – et cures bien-être dans des hôtels 4-5 étoiles. La station la plus célèbre est Abano, celle qui accueille le plus les curistes français.

Tous les pays européens ont ils une tradition thermale ?

Beaucoup en tout cas. Le nombre de curistes espagnols est de 100 000 chaque année pour des cures de deux semaines remboursées. Les Portugais ont connu une érosion de la fréquentation des cures suite à leur déremboursement en 2011. Le pays a cependant des installations magnifiques qui avaient pu être aménagées grâce aux subventions de l’Europe. L’Allemagne est un pays très intéressant car il existe une vraie tradition des eaux. Ils ont longtemps été les numéros un du secteur mais, depuis quelques années, les caisses régionales ne remboursent qu’une cure tous les quatre ans. En revanche, contrairement à la France, elles remboursent à hauteur de 90 % du coût réel, hébergement compris. Entre deux cures, les Allemands ont l’habitude de faire des micro-cures. En France, le forfait hébergement n’a pas été revu depuis les années 1950. Il est de 150 euros pour 18 jours.

Et en Europe de l’Est ?

Il y a une très grande richesse du thermalisme dans ces pays, en Tchéquie, Slovaquie, Roumanie, Pologne… Il existe un thermalisme de très grande qualité, remboursé pour ce dernier pays à 100 %. La Bulgarie et la Croatie ont une hôtellerie fantastique.Le thermalisme est extrêmement développé en Hongrie aussi.

Le thermalisme en Europe, c’est 1400 villes d’eaux, 750 000 emplois, 45 trillions d’euros de chiffre d’affaires avec 1 million de nuitées par an.

Est-il possible pour les Français de faire une cure thermale dans un autre pays et être pris en charge ?

En théorie oui, avec les directives trans européennes. La règle est que vous serez remboursé sur la base de la prise en charge en France. Dans les faits, c’est très compliqué et très peu de Français le font. C’est l’une des tâches de notre syndicat : faire en sorte d’aller vers une harmonisation.