Face à l’accumulation des produits que nous possédons et à la prise de conscience climatique, de nombreux Français cherchent à consommer mieux pour jeter moins.

« Notre société vit un tournant culturel. Nous observons une rupture des citoyens avec le modèle de l’hyperconsommation, de l’accumulation, de la jetabilité et de l’obsolescence programmée », explique Véronique Varlin, directrice associée de l’Observatoire société et consommation (Obsoco). Ce sentiment se traduit par la volonté de consommer mieux : autant mais mieux ou alors moins mais également mieux.

« La moitié des Français adhère à cette idée », souligne Véronique Varlin. Et cette tendance s’est accentuée avec la crise liée à l’épidémie de Covid-19.

La bonne occase

Nos placards, tiroirs, caves et greniers regorgent de produits qui prennent la poussière. Selon une étude TNS Sofres pour eBay parue en 2014, chaque foyer français possède 41 articles non utilisés pour une valeur estimée à 1 230 euros ! Autant de produits qui pourraient servir à d’autres et dont la durée de vie pourrait alors être prolongée.

Certains consommateurs l’ont bien compris. Ils nourrissent une véritable passion pour l’achat et la vente de seconde main « avec une nette amplification ces dernières années », précise Véronique Varlin.

D’après une autre étude, conduite par l’Obsoco pour le Bon Coin en 2020, 88% des personnes interrogées déclarent avoir acheté au moins un article d’occasion dans l’année écoulée. La tendance est tellement forte que la grande distribution s’y met aussi. On trouve désormais des corners de vêtements d’occasion ou des smartphones reconditionnés dans certaines grandes surfaces.

Mais ce dynamisme est surtout porté par des sites Internet comme Le Bon Coin, Label Emmaüs, Vinted (vêtements), Back Market ou encore Yes Yes (smartphones reconditionnés). Avec à la clé des économies pour le consommateur et aussi la possibilité d’accéder à des produits de bien meilleure qualité pour moins cher.

Consommer sans acheter avec le don et le troc

Pour vivre plus sobrement et moins encombré, il est possible de vendre ses objets inutilisés mais également de les donner à des associations, des ressourceries ou des recycleries. Ces dernières collectent vêtements, meubles, jouets ou articles de sport pour les remettre en état, les transformer puis les revendre dans leur boutique. Souvent, cette activité permet de créer des emplois en insertion. La générosité et les échanges non marchands s’organisent de plus en plus en ligne, grâce à des sites dédiés comme Geev, Toutdonner.com ou Mytroc.

Il existe même des « gratiferias » locales, des sortes de brocantes où vous pouvez donner ce dont vous n’avez plus l’utilité et prendre gratuitement ce dont vous avez besoin.

« L’upcycling » en marche

Il suffit parfois aussi d’un peu de fil et d’une aiguille, d’un appareil à souder et d’un peu de créativité pour redonner de sa superbe à un objet. Certains vont même jusqu’à transformer un produit et en détourner son usage d’origine.

Cette pratique a un petit nom : « l’upcycling », qui consiste par exemple à se servir de vieux rideaux pour créer des vêtements vintage ou utiliser des palettes en bois pour en faire une table basse. Afin de vous accompagner dans vos envies, des « repair cafés », autrement dit des ateliers de réparation d’objets entre bricoleurs novices et experts bénévoles, fleurissent un peu partout en France. On en compte 150 aujourd’hui. C’est peu et encore méconnu, certes. Mais l’Observatoire de l’économie circulaire de l’Obsoco, paru en 2019, montre que les trois quarts des Français se disent disposés à apporter un objet dans ce type de lieu. Encore un signe qu’une évolution dans les habitudes est en marche.