Cancers de l'enfant : des traitements toujours inadaptés

2 550 cas de cancers sont diagnostiqués tous les ans chez les enfants et adolescents. Des associations, pour qui la recherche accuse encore un certain retard, lancent pétition et campagne de levées de fonds.

La lutte contre les cancers de l’enfant a un nouveau parrain en la personne de Nicolas Sarkozy. A deux jours de la Journée internationale dédiée à cette cause, jeudi 15 février, l’ancien président a annoncé, dans le Parisien, être devenu le parrain de la campagne « Guérir le cancer de l’enfant au XXIe siècle ». Une campagne qui vise à récolter 10 millions d’euros d’ici à 2020, qui seront versés à l’hôpital Gustave-Roussy, premier centre de lutte contre le cancer de l’enfant en Europe.

2 550 nouveaux cas chaque année

Et si Nicolas Sarkozy estime que récolter de l’argent, « c’est le nerf de la guerre pour faire avancer la recherche », il est loin d’être le seul. Une pétition, lancée il y a cinq ans par les parents d’une fille de 7 ans morte d’une tumeur cérébrale, qui a atteint aujourd’hui plus de 220 000 signataires, réclame la création d’un financement public dédié à cette cause.

Car si s’il y a bien eu des progrès en la matière ces 50 dernières années, 20 % des enfants atteints d’un cancer ne peuvent toujours pas être soignés faute d’un traitement adapté. Chaque année, 2 550 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chez les enfants et adolescents et 500 en meurent tous les ans. Bien que rares, les cancers représentent chez les enfants la première cause de mortalité due à une maladie. Le taux de survie à 5 ans pour un enfant atteint de cancer est aujourd’hui de 80 %, mais ces chiffres varient d’un cancer à l’autre.

Certaines maladies, plus fréquentes chez les enfants que chez les adultes, comme les tumeurs cérébrales, ne fonctionnent pas de la même manière d’une classe d’âge à une autre. Entre des traitements initialement pensés pour des adultes et des traitements qui n’existent pas encore pour soigner les cancers qui ne touchent que les enfants (comme le cancer du tronc cérébral), la recherche peine encore à apporter des réponses aux parents.

« Sur certains cancers pédiatriques, la recherche n’a pas avancé depuis plus de trente ans, faute de rentabilité pour les laboratoires pharmaceutiques. Moins de 3 % des fonds anti-cancer sont alloués aux enfants, qui sont donc les grands oubliés de la recherche », dénonce l’association Eva pour la vie.

Des traitements entraînant des séquelles

La récente mise au point de l’immunothérapie – qui consiste à mobiliser les défenses immunitaires du patients contre sa maladie -, considérée comme une piste majeure pour lutter contre le cancer, se révèle pour le moment inefficace sur les enfants, comme l’a souligné le Pr Gilles Vassal, directeur de la recherche clinique du centre Gustave-Roussy à l’antenne de Bfm TV. « Développer des immunothérapies efficaces chez l’enfant et comprendre comment les cancers pédiatriques échappent au système immunitaire » est d’ailleurs l’un des quatre grand projets que le centre Gustave-Roussy pourrait mettre en place grâce aux fonds récoltés par la campagne.

Se pose également la question des conséquences des traitements sur les enfants : « Les thérapies proposées actuellement ne sont pas toujours adaptées à des organismes en croissance et on estime que deux tiers des enfants guéris présenteront ultérieurement des séquelles dues à leur traitement », souligne l’association Eva pour la vie. En effet, stérilité – contre laquelle des chercheurs de l’Université d’Edimbourg luttent actuellement – et surdité sont, entre autres, les effets indésirables que peuvent entraîner chimio et radiothérapie sur de jeunes patients.

La question de la prise en compte des spécificités des cancers des enfants et des adolescents constitue déjà pourtant un axe majeur du Plan cancer 2014-2019 mis en place par le précédent gouvernement. Reste à savoir si les fonds alloués à la recherche permettront que cette prise en compte soit effective.

A écouter : Les enfants de Gusgtave-Roussy, la vie malgré le cancer (France Inter)