Les biologistes médicaux constatent une croissance régulière des demandes d’analyses médicales sans ordonnance de la part du grand public. Une évolution qui fait débat.

Selon une enquête réalisée par Biogroup dans 150 laboratoires (sur 600) de son réseau, 130 000 personnes ont fait réaliser des analyses sans ordonnances en 2018. Et même si 20 % de ces actes ont été régularisés dans un second temps par le patient, la progression en un an est cependant de 33 %. Un chiffre très important.

Ces analyses sans ordonnances sont plus fréquentes chez les 20-40 ans, en particulier chez les femmes, très probablement liée aux tests de grossesse.

Les analyses sans ordonnances sont aussi en augmentation durant les mois d’été. Une saisonnalité encore plus nette chez les 20-40 ans. Elle correspond à une recrudescence des demandes d’ECBU (infections urinaires) et de recherche de MST.

Chez les hommes jeunes, les analyses sans ordonnances concernent les marqueurs d’addictions : gamma-GT (consommation d’alcool), recherche de THC (Cannabis). En avançant en âge, les demandes de recherche de cholestérol passent de la dixième place chez les 20-40 ans à la 5 e place chez les 40-60 ans et carrément à la deuxième place chez les 60-80 ans.

Pour le Docteur Kbaier, biologiste médical à Hyères qui constate une augmentation nette et régulière des demandes d’analyses sans ordonnance les causes sont multiples : «difficulté d’obtenir un rendez-vous chez le médecin, manque de temps mais aussi remise en cause de la parole médicale et témoigne du désir d’une partie des patients de reprendre leur santé en main». Pour ce dernier il s’agit : « d’un mouvement de fond qu’il est nécessaire d’accompagner afin d ‘éviter les dérives commerciales potentiellement dangereuses».

De nombreux médecins et biologistes s’inquiètent cependant de cette évolution comme le Professeur Serge Gilbert, médecin généraliste : «Les examens complémentaires ont essentiellement deux objectifs : préciser les hypothèses ou confirmer des diagnostics, voir d’en éliminer. Le second est d’évaluer des facteurs de risques et se situe dans une démarche de prévention. Il semble difficile pour le patient d’identifier ses besoins et de “s’auto-prescrire” de manière adaptée».

Pour autant l’Assurance-Maladie a déjà prévu des parcours de soin impliquant les biologistes pour lesquels le passage par le médecin traitant n’est pas obligatoire comme l’Opération VIH Test en Ile de France et dans les Alpes Maritimes.
L’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale qui ouvre la porte à l’innovation en matière de santé devrait aussi autoriser la protocolisation de certains bilans de dépistage ou de diagnostic sans passer par la case médecin.