Protection sociale : les citoyens appelés à reprendre la parole

Ouverture des Etats généraux de la santé et de la protection sociale, le 17 novembre 2025. Les 7 co-porteurs : Adrien Couret, vice-président de l’AAM ; Sébastien Guérard, président de l’UNPS ; Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT ; Eric Chenut, président de la Mutualité Française ; Marie-Sophie Desaulle, présidente de la Fehap ; Daniel Goldberg, président de l’Uniopss ; Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’UNSA. ©FNMF/Nicolas Gouhier
Ouverture des Etats généraux de la santé et de la protection sociale, le 17 novembre 2025. Les 7 co-porteurs : Adrien Couret, vice-président de l’AAM ; Sébastien Guérard, président de l’UNPS ; Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT ; Eric Chenut, président de la Mutualité Française ; Marie-Sophie Desaulle, présidente de la Fehap ; Daniel Goldberg, président de l’Uniopss ; Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’UNSA. © FNMF/Nicolas Gouhier

A l’heure où la confiance en notre système de protection sociale se fissure et où les inégalités d’accès aux soins se creusent, les acteurs de la santé en appellent aux citoyens. Plutôt que de subir une succession de coupes budgétaires, plusieurs fédérations dont la Mutualité Française veulent reprendre une voie démocratique à travers les Etats généraux de la santé et de la protection sociale.

82 % des citoyens redoutent que la protection sociale en France devienne de plus en plus inégalitaire. Ce chiffre issu d’un sondage Odoxa publié début novembre 2025 tombe alors que la Sécurité sociale vient de fêter ses 80 ans, en octobre dernier. C’est aussi à ce moment-là que le gouvernement présentait son nouveau projet de financement pour la Sécu. Un budget alors jugé particulièrement brutal par l’ensemble des acteurs de la santé. Syndicats, mutualistes et soignants ont en effet tous dénoncé l’objectif de réduction des dépenses au prix d’un alourdissement du reste à charge pour les patients.

Dans ce climat d’inquiétude généralisée, le mouvement mutualiste multiplie les initiatives pour reprendre du pouvoir d’agir. Et ce en pleine séquence parlementaire autour du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), et alors que l’exécutif réaffirme sa volonté de maîtriser les dépenses sans ouvrir de véritable débat démocratique. La Mutualité entend rappeler que la protection sociale n’est pas un simple chapitre comptable mais un projet de société.

Le 17 novembre, sept organisations issues du monde de la santé, dont la Mutualité Française, la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés solidaires (Fehap), l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss) et d’autres fédérations ont lancé les Etats généraux de la santé et de la protection sociale. Une démarche destinée à « donner la parole » aux citoyens et aux professionnels.

« Redonner du souffle à la protection sociale »

Ouverture des États généraux de la santé et de la protection sociale le 17 novembre 2025 Les 7 co-porteurs : Eric Chenut, président de la Mutualité Française Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT Sébastien Guérard, Président de l’UNPS Marie-Sophie Desaulle, Présidente de la FEHAP Daniel Goldberg, Président de l’UNIOPSS Dominique Corona, Secrétaire général adjoint de l’UNSA Adrien Couret, Vice-président de l’AAM ©FNMF/Nicolas Gouhier
Pour Eric Chenut, président de la Mutualité Française (au centre), il est essentiel de « redonner du souffle à la protection sociale, en sortant d’un débat par trop budgétaire ». © FNMF/Nicolas Gouhier

Jusqu’au 17 février 2026, partout en France, citoyens, professionnels de santé et acteurs de l’accompagnement sont invités à participer à une consultation en ligne, libre d’accès et sans inscription, via la plateforme dédiée placedelasanté.fr. Eric Chenut, président de la Mutualité Française, a rappelé au moment du lancement, au siège de la fédération, que ce projet partait d’une urgence démocratique. « Nous avons décidé de prendre cette initiative qui vise à initier un mouvement qui part de la société civile. Pour faire vivre la démocratie et la citoyenneté sociale. Pour provoquer un sursaut collectif. Il nous semble essentiel de redonner du souffle à la protection sociale. En sortant d’un débat par trop budgétaire. » Il souligne que, sur le terrain, « les gens nous interpellent sur l’accès effectif aux soins. Sur leurs attentes pour demain ».

Des droits qui ne sont plus effectifs

Même constat du côté de la Fehap. Sa présidente, Marie-Sophie Desaulle, observe une exaspération croissante. « Il y a de vraies inquiétudes sur l’accès aux soins, sur l’accompagnement au moment de l’avancée en âge. Et beaucoup de questions de la part des professionnels qui s’inquiètent de la manière dont ils vont pouvoir continuer à assurer une réponse de qualité. » Les Etats généraux doivent, selon elle, permettre « l’expression de ces inquiétudes. Mais aussi faire émerger des solutions ».

Pour l’Uniopss, Daniel Goldberg souligne un réel problème d’application des droits de chacun. « Pour beaucoup de nos concitoyens, ces droits ne sont pas effectifs. Il s’agit d’essayer de construire les quatre-vingts ans à venir de la protection sociale. » Il insiste : « l’avenir de la protection sociale doit avant tout se construire par des choix démocratiques. Or la qualité du débat public aujourd’hui ne permet pas de le faire. »

Rendre la prévention « positive, ludique, agréable »

Au siège de la Mutualité Française, les premières discussions ont déjà commencé. Pour l’économiste Julien Damon, l’un des enjeux majeurs est celui de la démocratie au sein de la Sécurité sociale. Comme c’était initialement le cas, « refaire des élections dans le régime général », serait pour lui un élément important. « Un grand rendez-vous démocratique. » Julien Damon appelle également à renforcer la prévention. « Il faut démontrer ce que sont les programmes efficaces. »

Parmi les garants de ces Etats généraux, le professeur Antoine Flahault acquiesce. « La prévention est souvent présentée de façon un peu moraliste. La première des choses, c’est de transformer les interventions efficaces en actions positives, ludiques, agréables. » Sur ce sujet préventif, et sur l’ensemble des questions liées à notre système de santé et de protection sociale, les citoyens disposent désormais d’un nouvel accès direct pour donner leur avis.