
En 2006, le contrat première embauche déclenchait une révolte des étudiants et lycéens contre la précarisation de l’emploi des jeunes, entraînant derrière eux une grande partie de la société.
Un cortège dense, compact, et des visages souvent très jeunes. Nous sommes en 2006, la France étudiante et lycéenne descend dans la rue pour dire non au CPE. Le contrat première embauche, annoncé en janvier par le Premier ministre, Dominique de Villepin, suscite un mouvement de contestation national.
Tout commence en janvier, avec l’annonce de la création de ce nouveau contrat, censé inciter les employeurs à recruter plus facilement les jeunes. Mais ses modalités inquiètent : une période d’essai de deux ans, durant laquelle un salarié de moins de 26 ans peut être licencié sans motif. La précarité assumée qui en découle choque, tout comme la méthode. Aucune concertation n’a été organisée avec les syndicats. Le gouvernement se presse, recourt au 49-3 pour faire adopter le texte au Parlement.
Dans la rue, la contestation ne se fait pas attendre. Dès l’annonce de ce contrat précaire, la mobilisation s’était organisée. D’abord dans les universités, où les assemblées générales se multiplient. On y débat, on y vote la grève, parfois le blocage des facultés. Rapidement, les lycéens rejoignent le mouvement. Puis viennent les syndicats et les partis politiques. Les manifestations s’enchaînent, gagnent en ampleur, rassemblent bientôt plusieurs millions de personnes. Les jeunes entraînent derrière eux le reste de la société.
Puissance du collectif
Face à cette pression croissante, le gouvernement tente de reprendre la main. Le 17 mars, il évoque un possible « dialogue », mais les syndicats refusent toute négociation sans retrait préalable du CPE. Le 31 mars, le président de la République Jacques Chirac promulgue la loi instaurant le contrat première embauche, en annonçant toutefois vouloir modifier les dispositions les plus contestées. La colère redouble.
Et le 4 avril, une grève interprofessionnelle paralyse le pays. Transports perturbés, écoles fermées, manifestations massives. Le mouvement tient. Le 10 avril 2006, Dominique de Villepin se résigne : « Les conditions ne sont pas réunies. » Le CPE est retiré, puis abrogé quelques jours plus tard. Vingt ans après, ce qu’il reste de cette loi, c’est le souvenir d’un mouvement social victorieux, emmené par la jeunesse, la solidarité et la défense de notre modèle social. Un moment de politisation des plus jeunes, qui pour la plupart ont découvert l’engagement à ce moment-là, ainsi que la puissance du collectif.

























