En cette rentrée, plus de 2 000 enfants dorment encore dans la rue

Les chiffres du dernier baromètre Enfants à la rue marquent une augmentation du nombre d’enfants sans solution de 6 % par rapport à 2024 et de 30 % depuis 2022. © Unicef

A l’occasion de la publication de leur 7e baromètre Enfants à la rue, l’Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) alertent sur une situation qui s’aggrave d’année en année.

« Dans la nuit du 18 au 19 août, au moins 2 159 enfants, dont 503 de moins de 3 ans, sont restés sans solution d’hébergement », rappellent Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France, et Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), dans une tribune publiée fin août 2025. Les deux responsables alertent sur une situation qui « empire d’année en année ». Selon eux, « ces chiffres marquent une augmentation du nombre d’enfants sans solution de 6 % par rapport à 2024 et de 30 % depuis 2022 ».

Ces données proviennent du baromètre Enfants à la rue, publié pour la première fois en 2019 par l’Unicef France et la FAS. La 7e édition, présentée en 2025, confirme la tendance. Elle pointe notamment que « le nombre d’enfants de moins de 3 ans en demande non pourvue au 115 ne cesse de croître : 8 % de plus que l’an dernier et 37 % de plus qu’en 2022 ».

Aggravation de la situation

En 2019, les deux organisations avaient déjà expliqué que la « réalité brutale révélée par les chiffres » aurait dû provoquer un électrochoc politique. « Il n’en a rien été », notent-elles. Aujourd’hui, elles qualifient la publication du baromètre de « rituel ». Tout en soulignant qu’elles « aimeraient ne plus avoir à l’honorer ». Mais sans engagement politique fort et immédiat, le même constat s’imposera l’an prochain. Aggravé une fois encore. « En 2025, sur notre territoire, des enfants et des nouveau-nés dorment encore dans des hôtels insalubres, des gymnases, des parkings, sous des tentes ou dans des bidonvilles. »

Impossibilité de joindre le 115

Le rapport souligne que la majorité des familles concernées (79 %) indiquent « avoir dormi à la rue la veille de leur appel au 115 ». La saturation des dispositifs d’hébergement, combinée à la crise du logement, frappe particulièrement l’Ile-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et les Hauts-de-France. La situation est encore plus inquiétante si l’on prend en compte les familles qui ne parviennent pas à joindre le 115 « ou qui n’essaient même plus ». Et celles qui renoncent à appeler, ainsi que les mineurs non accompagnés, les familles en squats ou en bidonvilles « qui échappent au décompte ».

Absence de données

Dans les territoires ultramarins, l’ampleur du mal-logement reste par ailleurs mal mesurée, faute de données consolidées. Selon l’Unicef et la FAS, ce phénomène toucherait trois habitants ultramarins sur dix. Le passage des cyclones Chido, Dikélédi et Garance dans l’océan Indien aurait encore multiplié le nombre de familles à la rue. « A La Réunion, alors que le phénomène était exceptionnel il y a peu encore, plus de 1 000 enfants se retrouvaient sans solution d’hébergement en 2024, dont 330 avaient moins de 3 ans. »

38 enfants morts dans la rue

Et cette précarité tue. Le collectif Les morts de la rue a dénombré 855 décès en 2024, dont 38 enfants. « Combien en faudra-t-il en 2025 pour que les mots “urgence” et “responsabilité” prennent enfin tout leur sens ? », interrogent les associations. A quelques semaines du vote du budget 2026, elles appellent l’Etat à agir. En augmentant notamment le nombre de places d’hébergement adaptées. Et en lançant un plan enfin ambitieux de logements sociaux.