
La rédaction de Viva a lancé une invitation à débattre autour de la Sécurité sociale. Des jeunes citoyens ont répondu à l’appel et ont démontré non seulement que le sujet les intéressait, mais qu’ils avaient également des idées et des propositions à formuler.
Derrière les arbres du parc de La Villette, dans l’Est parisien, un petit groupe s’est installé autour d’une table. Malgré la chaleur accablante de cet après-midi de juin, la discussion ne faiblit pas. Attentifs, souriants et impliqués lorsque vient leur tour de parler, tous sont visiblement animés par le sujet abordé. Ce qui les réunit ? Un anniversaire : celui de la Sécurité sociale, créée il y a 80 ans.
Pour échanger sur ce pilier de notre protection sociale et connaître l’avis et l’intérêt de la jeune génération à propos de la Sécu, nous les avons invités à venir en discuter. Ils sont cinq à avoir répondu présents, accompagnés de trois spécialistes : une mutualiste, un économiste de la santé et un sociologue. Ils n’ont qu’une consigne : participer à un échange autour de la Sécu dans un esprit d’éducation populaire, fidèle aux valeurs mutualistes d’émancipation individuelle défendues par notre journal. Un débat sans formalisme, où prendre la parole et poser ses questions sans tabou.

Les jeunes et les experts, réunis dans le parc de La Villette. © Magali Delporte
La Sécu, star de TikTok
Ce à quoi nous n’avions pas forcément pensé en lançant l’invitation, c’est que des adolescents de 17 et même 16 ans répondraient à l’appel ! Dès les premières prises de parole, nous avons pu constater que ce sujet les faisait réagir. « Nous, les jeunes, on s’informe beaucoup sur les réseaux sociaux, note Kawtar, 16 ans, lycéenne en seconde générale. Et, récemment, il y a eu une “trend”, une tendance sur TikTok, où des jeunes se filmaient en brandissant leur carte Vitale. Ils ont fait ça pour montrer leur attachement à la France. »
Au bout de la table, la mutualiste Pascale Vatel, vice-présidente de la Fédération des Mutuelles de France (FMF), chargée de la protection sociale, acquiesce. « Cette image montre aussi que la Sécurité sociale est souvent perçue uniquement sous l’angle de l’Assurance maladie. Or, c’est bien plus que ça. Elle repose sur plusieurs branches : maladie, famille, retraite, accidents du travail (lire aussi notre encadré ci-dessous)… Mais c’est surtout un projet social et un acquis social majeur, fruit de luttes et de combats.
C’est au moment de la Seconde Guerre mondiale que les résistants, réunis au sein du Conseil national de la Résistance (CNR), ont proclamé : “Plus jamais ça !” Plus jamais le fascisme, et en même temps, construisons des outils pour redresser le pays, redistribuer la richesse et émanciper la population. La Sécurité sociale était l’un de ces instruments majeurs. Elle constituait et constitue toujours un socle de protection solidaire pour toute la population afin de rendre libre chacune et chacun, car on ne peut pas être libre si on n’est pas protégé. Et on n’est véritablement protégé que de manière solidaire. »
DES RÉSISTANTS AUX ORIGINES DE LA SÉCU
En 1944, alors que la France est encore occupée, le Conseil national de la Résistance (CNR) élabore un programme pour restaurer le pays une fois qu’il sera libéré. Ce manifeste, intitulé « Les Jours heureux », pose les bases d’un système de protection sociale. A la Libération, plusieurs membres du CNR intègrent le nouveau gouvernement. Ces derniers mettent alors en place des mesures directement inspirées de leur programme. Et notamment les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, qui donnent un cadre légal à la Sécurité sociale. Le ministre du Travail, Ambroise Croizat, précise alors les modalités du système de redistribution : « Cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ».
« Le patrimoine de ceux qui n’en ont pas »
La conversation se poursuit sur ce qui fait l’ADN de la Sécu : protéger la population des aléas de la vie, comme la maladie ou les accidents du travail… Un système solidaire pour lequel « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ». Autrement dit, participer en fonction de ses ressources et non pas selon les risques que l’on peut présenter. Pour garantir à tous cette protection sociale, le mode de financement alors décidé est fondamental, insistent les trois intervenants.
Julien Duval, sociologue, chercheur au CNRS, en explique les principes : « Toutes les personnes actives cotisent pour financer la Sécurité sociale dès lors qu’elles sont rémunérées, qu’elles ont un salaire. Ces cotisations sont versées à la collectivité, et la somme ainsi collectée sert à financer les remboursements de soins, les pensions des personnes retraitées et toutes les autres dépenses prises en charge par la Sécu. »
Le sociologue rappelle que ce système repose sur une logique solidaire, « mais aussi sur une redistribution des richesses. Ce système contribue à réduire les inégalités, notamment entre ceux qui ont de hauts revenus et ceux qui en ont de plus faibles. Il y a une formule que je trouve très juste : “la Sécurité sociale, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas” (expression empruntée à Michel Borgetto, professeur de droit, spécialiste de la protection sociale, NDLR). Pour ceux qui ont peu de moyens, la Sécu est fondamentale pour garantir la dignité de chacun ».
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