Andréa Bescond est danseuse et comédienne. Elle raconte dans son spectacle Les chatouilles ou la danse de la colère comment cet « ami » de la famille lui a volé son enfance et pourquoi la danse l’a sauvée.

Elle est blonde et haute comme trois pommes, mais elle a l’énergie d’une boxeuse et la grâce d’une ballerine. Andréa Bescond, seule en scène, raconte comment un jour, à huit ans, son enfance s’est brisée.

Des chatouilles qui résonnent comme des blessures

Dansant et jouant tour à tour : la petite fille, sa mère, son père, Gilbert, l’ami violeur de la famille, la psychologue, son copain de banlieue, sa prof de danse, elle revit l’indicible et le fait vivre aux spectateurs. Elle raconte la vie d’une petite fille, Odette (« Oui, Odette comme le nom du cygne blanc qui meurt dans le Lac des cygnes ! » ) qui, de huit à douze ans, s’est fait violer par ce proche de la famille.

« Odette, et si on faisait des petites chatouilles, rien que toi et moi ? demande Gilbert. Elle est où ta salle de bains ? »

Le texte est sans fioriture, cinglant comme une gifle, et propulse immédiatement le spectateur au cœur du sujet : la douloureuse question des abus sexuels sur les enfants.

La danseuse-comédienne passe en revue son entourage : une mère dans le déni, un père gentil mais faible et cet « ami » de la famille en recherche de « chatouilles », qui rôde autour d’elle…

Il est possible de se reconstruire

Heureusement, il y a la danse. La petite Odette, très douée, sera repérée par son professeur de classique, personnage truculant un peu débordée par ses élèves. Cette dernière convaincra sa mère de l’envoyer au Conservatoire de Paris. Elle a alors douze ans. Sauvée in extremis des griffes de son agresseur, elle débute des études puis une carrière de danseuse avec ce corps déjà meurtri. Plus tard, il y aura une psychanalyse et un procès où le violeur tentera de se défendre : « La petite Odette, elle aimait ça ! » Une reconstruction commencera alors, longue mais nécessaire.

Dans Les Chatouilles, Andréa Bescond crie haut et fort ce que les victimes de pédophilie et l’entourage ne veulent pas entendre, parce qu’indicible : le viol d’un enfant. Ce spectacle démontre que même si la petite fille subit, se tait puis occulte, elle finit par se souvenir pour rejeter et enfin dénoncer. Un message fort et positif pour faire comprendre qu’il est possible de se reconstruire mais aussi que protéger les enfants des abus sexuel des adultes, est primordial.

Jamais caricatural ni larmoyant, les Chatouilles, est un spectacle tout en finesse et en drôlerie, d’une énergie incroyable.

Andréa Bescond a reçu, mardi 23 mai, le Molière du « Seul(e) en scène ».

Les chatouilles ou la danse de la colère, d’Andréa Bescond, mise en scène d’Eric Métayer, au théâtre du Petit Montparnasse, Paris, tout le mois de juin. En tournée en 2017.

Pour signaler un enfant en danger : allo119.gouv.fr.