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Santé mentale des jeunes : des annonces gouvernementales qui ne rassurent pas

Selon la Drees, chez les adolescentes de 10 à 19 ans, le taux d'hospitalisation atteint désormais 482 pour 100 000 habitantes © 123 RF
Selon la Drees, chez les adolescentes de 10 à 19 ans, le taux d'hospitalisation atteint désormais 482 pour 100 000 habitantes, soit le niveau le plus élevé de toutes les classes d’âge. © 123RF

Pour la deuxième année consécutive, la santé mentale est la « grande cause nationale » de l’année. Pourtant, les annonces ministérielles présentées tardivement, le 2 juin dernier, n’ont pas convaincu les acteurs du secteur. Et les indicateurs continuent de se dégrader.

La santé mentale continue de s’enfoncer dans la crise, comme en attestent les derniers indicateurs publiés. En mai, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a diffusé ses dernières données à ce sujet. En 2025, plus de 84 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées après un geste auto-infligé, qu’il s’agisse d’une tentative de suicide ou d’une automutilation. Les hospitalisations liées à ces actes ont encore progressé de 2 % en un an.

Hausse de 56 % des hospitalisations

Les jeunes sont particulièrement touchés. Chez les adolescentes de 10 à 19 ans, le taux d’hospitalisation atteint désormais 482 pour 100 000 habitantes, soit le niveau le plus élevé de toutes les classes d’âge. Après une hausse de 56 % entre 2020 et 2021, puis de 16 % entre 2023 et 2024, la progression continue de se poursuivre en 2025. Les jeunes garçons ne sont pas épargnés : pour la deuxième année consécutive, les hospitalisations liées à des gestes auto-infligés augmentent de plus de 10 % chez les 10-19 ans.

Des signes d’anxiété chez un Français sur deux

Quelques semaines auparavant, la Fédération hospitalière de France (FHF) publiait d’autres données alarmantes. Selon l’enquête réalisée avec Ipsos, plus d’un Français sur deux présente aujourd’hui des signes d’anxiété et près d’un sur quatre pourrait souffrir d’un trouble anxieux généralisé. Les 18-24 ans apparaissent comme les plus vulnérables : 42 % d’entre eux présentent un score évocateur d’un trouble anxieux généralisé.

Des annonces tardives

Le 2 juin, alors que l’année de la santé mentale, érigée en grande cause nationale pour la deuxième année consécutive, est déjà bien entamée, la ministre de la Santé s’est exprimée au sujet des jeunes. Stéphanie Rist a annoncé la mise en place, à partir de la rentrée 2026, d’un dispositif d’orientation prioritaire pour les élèves identifiés en souffrance psychique. « Aucun enfant ou adolescent identifié comme étant en souffrance psychique ne doit rester sans solution adaptée. Ou sans rendez-vous dans des délais compatibles avec son état de santé », a-t-elle déclaré.

« A compter de la rentrée 2026, lorsqu’un médecin, un infirmier, un psychologue ou un assistant de service social de l’Education nationale identifiera un enfant ou un adolescent en situation de souffrance psychique, celui-ci pourra bénéficier d’une orientation prioritaire vers une structure adaptée de son territoire grâce à un dispositif de prise en charge accélérée. »

« Problèmes structurels persistants »

Mais cette ambition n’a pas rassuré les représentants du secteur. l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss) et le Collectif national pour la santé des jeunes (CNSJ) ont ainsi exprimé dans un communiqué commun leur « profonde inquiétude » suite aux propositions gouvernementales. « Les annonces concernant la jeunesse restent lacunaires face à des problèmes structurels persistants. » En rappelant « la saturation des structures spécialisées ». Les organisations rappellent l’urgence, « dans un contexte de crise durable, (d’obtenir) des réponses concrètes. A la hauteur des enjeux humains et sociaux que recouvre la santé mentale ».

Baisse de 34 % des pédopsychiatres

La question de la pénurie de professionnels a été documentée dans de nombreux rapports. En 2023, la Cour des comptes relevait ainsi une baisse de 34 % du nombre de pédopsychiatres entre 2010 et 2022. Et La médecine scolaire est également extrêmement fragilisée. Dans une tribune publiée en avril, des représentants de l’Unsa, de la FCPE et de syndicats lycéens rappelaient qu’il n’existe qu’environ 500 médecins scolaires pour près de 12 millions d’élèves. Ils soulignaient pourtant que près de 15 % des collégiens et lycéens présentent un risque important de dépression.