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Recherche en cancérologie : ça avance

Le docteur Ronan Flippot, oncologue, spécialisé en urologie à l’Institut Gustave Roussy. © Institut Gustave Roussy

Thérapies ciblées, immunothérapie, biopsie liquide… les nouveaux traitements en cancérologie changent la vie des malades. A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer qui aura lieu le 4 février, les explications du docteur Ronan Flippot, oncologue, spécialisé en urologie à l’Institut Gustave Roussy.

Où en est-on de l’Immunothérapie* ?

Ronan Flippot : C’est l’un des domaines de la cancérologie les plus prometteurs depuis les années 2010. Surtout dans des situations de cancers précoces pour prévenir les rechutes et améliorer la survie. Mais aussi pour les cancers en phase métastatique, au pronostic sombre. Aujourd’hui, de nouveaux malades, qu’on disait autrefois condamnés profitent de ces nouveaux traitements qui permettent dans certains cas d’obtenir des réponses profondes et durables. Ces molécules ont été approuvées dans la plupart des types tumoraux.

Nouveauté dans la prise en charge des malades : certains traitements seront administrés par injection sous-cutanée et non plus en intraveineuse comme cela se fait aujourd’hui, ce qui nécessite une journée d’hospitalisation.

*L’immunothérapie consiste à stimuler le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et détruise les cellules cancéreuses.

Qu’appelle-t-on les traitements par anticorps conjugués ?

R. F. : Ce sont de nouvelles formes de médicaments composés de molécules de chimiothérapie couplées à un anticorps – une « tête chercheuse » – qui cible précisément les cellules tumorales pour les détruire. Cette approche s’annonce plus efficace, tout en visant à occasionner moins d’effets indésirables que la chimiothérapie classique.

D’autres thérapies ciblées agissent directement sur la cellule cancéreuse en bloquant les mécanismes qui permettent sa croissance et sa prolifération. De nouvelles générations de médicaments sont arrivées sur le marché. Ce sont des traitements, le plus souvent par voie orale, qui sont généralement mieux tolérés que les chimiothérapies. On a beaucoup plus rarement de perte de cheveux ou de baisse des globules blancs, par exemple. Mais il y a quand même des effets secondaires potentiels nécessitant une surveillance médicale régulière.

Attention, je ne diabolise pas la chimiothérapie classique qui reste un bon traitement pour beaucoup de malades.

On parle aussi de la biopsie liquide : à quoi peut-elle servir ?

R. F. : Cette technique permet la détection, par une prise de sang, de la présence ou de l’évolution d’un cancer, et d’analyser sa nature grâce aux « biomarqueurs » circulants. Ces biomarqueurs peuvent être par exemple de l’ADN tumoral, ou des cellules tumorales.

Elle serait utile pour suivre la résistance aux traitements : elle peut détecter de la maladie résiduelle, ou indiquer l’efficacité de l’approche thérapeutique grâce à un suivi en cours de traitement. La recherche de mutations sur ADN circulant peut aussi permettre d’affiner la sélection d’un traitement ciblé pour certains patients.

Bien moins invasive que la biopsie traditionnelle, la biopsie liquide vise de plus en plus à remplacer le prélèvement de tissu, grâce à sa facilité d’accès et la possibilité d’être répétée dans le temps. Une bonne nouvelle pour la cancérologie.

La prévention et le dépistage sont-ils toujours d’actualité ?

R. F. : C’est primordial ! Une bonne hygiène de vie, c’est-à-dire une alimentation équilibrée (sans trop d’aliments ultra transformés et davantage de fruits et légumes), de l’exercice physique, moins de tabac et d’alcool, se protéger du soleil, peut réduire le risque de cancer. Participer aux dépistages organisés du cancer du sein, du colon et du col utérin est un moyen efficace de diagnostiquer un cancer à un stade précoce.

Enfin, le vaccin contre le papillomavirus (HPV) pour les adolescents filles et garçons à partir de 11 ans, permet de se protéger, mais aussi de protéger les autres contre plusieurs types de cancers induits par l’HPV comme les cancers du col ou certains cancers ORL.

Où en est-on du vaccin ?

R. F. : La recherche en cancérologie avance, cependant pour le vaccin, ce n’est pas pour tout de suite. Mais en effet, des vaccins thérapeutiques personnalisés sont en cours de développement, conçu à partir de l’ADN de la tumeur prélevée chez chaque patient. Des altérations tumorales spécifiques sont sélectionnées pour créer un vaccin sur mesure, capable d’activer les défenses immunitaires contre les cellules cancéreuses. Ce procédé de haute précision est actuellement évaluée dans un rôle de prévention des récidives après les traitements classiques et particulièrement redoutées dans les formes agressives.

Un petit essai clinique mené sur des patients atteints de cancers de la tête et du cou a montré des résultats prometteurs : aucune rechute observée chez les patients ayant reçu ce vaccin, contre plusieurs dans le groupe témoin. Attention, ces résultats sont à prendre avec des pincettes. Ces vaccins verront le jour dans cinq à dix ans.

Journée mondiale contre le cancer le 4 février ici.

REGISTRE NATIONAL DES CANCERS
C’est officiel ! Le registre national des cancers, piloté par l’Institut national du cancer est un baromètre qui fonctionne en permanence pour identifier la distribution des cancers, les lieux et les typologies de cancers les plus prégnantes. Des stratégies de prise en charge accélérée pour les pathologies complexes seront mises en place.