Avec le vieillissement cellulaire, près de la moitié des cancers surviennent à partir de 70 ans. Le cancer du sein n’est pas une exception. Or on parle très peu de la femme âgée, chez laquelle le cancer peut être tout aussi grave ou agressif. « Sans doute, à cause de la perception globale négative du vieillissement dans la société malgré une communication officielle, régulière, positive », explique le Dr Etienne Brain, oncologue à l’Institut Curie, qui revient sur le sujet, pour Viva.

Le cancer du sein est plus fréquent avec l’âge. La proportion de cancers du sein chez la femme de plus de 70 ans est de 40-50% et continuera à augmenter. Paradoxalement au premier abord, le dépistage « organisé » du cancer du sein en France est proposé à toutes les femmes de plus de 50 ans mais s’arrête à 74 ans. Bien entendu, pour le Dr Etienne Brain, oncologue à l’Institut Curie, il ne s’agit pas d’étendre à toutes les femmes âgées ce dépistage « de masse » systématique, avec invitation officielle par courrier tous les deux ans, mais de faire passer l’information auprès de ces femmes et des médecins qui les suivent, qu’il ne faut pas baisser la garde lorsque individuellement, ces femmes conservent un bon état général de santé.

Pourquoi et comment continuer le dépistage du cancer du sein après 70 ans ?

Dr Etienne Brain : L’âge est le principal facteur de risque croissant de cancer du sein. A l’Institut Curie, près de 30% de nos patientes atteintes d’un cancer du sein ont plus de 70 ans. Souvent on pense qu’après cet âge-là, le cancer survient moins souvent ou est moins grave. Mais ceci est faux. Au contraire, le cancer du sein à cet âge-là est très fréquent, et peut être également agressif. Il reste donc important de le dépister tôt aussi à cet âge, car des traitements existent et la précocité d’une prise en charge adaptée  conditionne son succès. Aussi, bien que le dépistage dit « de masse » ne soit plus organisé après 74 ans,  le médecin peut le poursuivre de façon personnalisée.

Pourquoi  ?

Dr Etienne Brain : Tout simplement parce qu’il faut prendre en compte l’état de santé global de la patiente âgée. Comment vit-elle ? Présente-t-elle des problèmes d’autonomie ? A-t-elle des comorbidités importantes ou à risque de décompensation ? Etc. Toute la difficulté est de ne pas sur-traiter, suivant notre modèle sociétal de consommation et du « toujours plus », ce qui peut apporter de nombreux effets secondaires inutiles et parfois sévères, mais de ne pas non plus sous-traiter, en glissant vers l’âgisme si subjectif et éthiquement intenable. Un ajustement est heureusement possible, permettant de prendre en compte les particularités spécifiques de santé du vieillissement et les souhaits de la patiente qui diffèrent souvent selon l’âge. Pour une bonne prise en charge chez la femme âgée, c’est le tandem oncologue/gériatre qui permet cet ajustement.

C’est-à-dire ?

Dr Etienne Brain : Le gériatre est le spécialiste de la personne âgée. Il sait comment prendre en compte les comorbidités plus ou moins sévères qui viennent s’ajouter au cancer, hiérarchisant les problèmes à traiter. Associé à l’oncologue, il permet d’anticiper le risque de fragilité, et par des mesures d’accompagnement, d’augmenter les chances de succès du traitement engagé, tant en termes de tolérance, de qualité de vie que de guérison ou contrôle de la maladie.

Encore trop de cancers chez le sujet âgé sont détectés à un stade avancé (tumeur de taille importante, atteinte des ganglions ou même avec métastases). L’allongement de la durée de vie favorise l’apparition du cancer, si bien que l’examen clinique régulier (palpation) et la mammographie conservent toute leur pertinence pour les femmes âgées ayant encore plusieurs années d’espérance de vie. Il ne faut donc pas les oublier !