
Le 16 décembre 2025, la Commission européenne a présenté une loi Omnibus (un texte global qui révise plusieurs textes déjà adoptés) sur la sécurité alimentaire. Celui-ci prévoit de déréguler l’utilisation des pesticides dans l’UE. Martin Rieussec-Fournier, président de l’Association des Mutuelles pour la santé planétaire et membre du bureau de La Mutuelle Familiale, décrypte les enjeux.
Qu’est-ce que l’Association des mutuelles pour la santé planétaire ?
Martin Rieussec-Fournier : Créée en septembre 2024, c’est une organisation qui regroupe exclusivement des mutuelles de santé afin de contribuer à créer un nouveau chapitre de la santé publique en France et en Europe. Car, devant l’absence de priorité donnée à la santé publique par les pouvoirs publics, les mutuelles ont choisi de s’organiser collectivement, sous l’impulsion, à l’automne 2023, de La Mutuelle Familiale.
Le rôle des mutuelles en matière de prévention est inscrit dans le Code de la mutualité. L’association agit pour renforcer, au sein des mutuelles, la connaissance des maladies liées aux pesticides et des bénéfices d’une alimentation et de l’agriculture biologique. Elle mène aussi des actions de sensibilisation auprès du grand public et exerce une influence sur des décideurs politiques français et européens.
Sous couvert de simplification, l’Omnibus VII dérégularise les législations sur les pesticides et biocides. Notamment en leur évitant la réévaluation de leur sûreté tous les dix à quinze ans, comme c’est le cas aujourd’hui. Comment regardez-vous cette orientation ?
M. R-F. : La décennie 2010-2020 a été marquée par une meilleure prise en compte des dangers des pesticides : identification des risques, mise en place des plans Ecophyto 1 et 2, progression de la part de l’agriculture biologique dans les surfaces cultivées, etc. Mais, depuis début 2024, les décisions européennes et françaises favorisant le maintien d’un modèle agricole fortement dépendant des pesticides se multiplient.
La santé doit redevenir une priorité collective, ce qui suppose une mobilisation citoyenne et des mutuelles.
Par ailleurs, les mobilisations agricoles, initialement centrées sur la sécurisation des revenus, ont, en grande partie, été dévoyées vers des demandes de dérégulation, notamment sur les pesticides. Ainsi, au lieu de renforcer des réglementations indispensables pour notre santé (qui sont insuffisamment appliquées), l’Union européenne les affaiblit. Alors même que l’essentiel de son budget agricole soutient un modèle nocif pour la santé.
De quelle manière cela se traduit-il ?
M. R-F. : Aujourd’hui le commissaire à la Santé de l’Union européenne qui propose que 90 % des pesticides soient autorisés de manière illimitée. C’est un cauchemar ! La coalition des mutuelles s’oppose à ce texte qui marque un recul en matière de prévention. Les pesticides nous tuent et restent massivement utilisés.
Avec des conséquences sanitaires avérées : maladies professionnelles chez les agriculteurs, participation à l’explosion de pathologies chroniques dans la population générale, exposition généralisée via l’eau, l’air et l’alimentation. 60 000 tonnes de pesticides sont épandues chaque année sur les cultures en France, 300 000 tonnes en Europe. L’Omnibus VII s’inscrit dans une logique qui privilégie les intérêts économiques de grands groupes agrochimiques.
Que peut-on faire ?
M. R-F. : Il n’y a pas de fatalité. La santé doit redevenir une priorité collective, ce qui suppose une mobilisation citoyenne et des mutuelles. On est face à des sujets très anxiogènes et qui sont souvent mis sous le tapis. Et puis, ces pesticides, on ne les voit pas. On ne les sent pas, ils n’ont pas de goût et leurs effets sont différés dans le temps. Mais le pire serait d’en avoir conscience et de rester seul parce qu’on se sentirait impuissant.
A l’échelle individuelle, augmenter la part de produits biologiques dans son alimentation permet déjà de réduire l’exposition aux pesticides. En alourdissant moins son budget qu’on ne le croit si |’on cuisine un peu. L’information est aussi un levier central.
Comment l’employer ?
M. R-F. : Générations futures met à disposition des données fiables et des outils de mobilisation, notamment sur la qualité de l’eau et la restauration collective. A l’approche des élections municipales, l’association a lancé des initiatives pour interpeller les candidats sur la question des pesticides dans les communes. Ainsi que la campagne d’interpellation en ligne et de pétitions, « Shake ton politique ».
Face à des risques souvent invisibles et différés, l’isolement et la résignation constituent un danger supplémentaire. L’agriculture biologique a démontré sa viabilité depuis des décennies. L’enjeu est désormais de la rendre accessible à tous et de sécuriser les agriculteurs dans leur transition. L’engagement collectif reste le moyen le plus efficace d’agir.
J’ai coécrit un livre, Santé planétaire. Le temps des solutions mutualistes, qui montre que, chaque fois que, dans l’Histoire, il y a eu des moments d’adversité, la solidarité a permis de rebondir. Le pouvoir politique a souvent essayé de casser l’entraide et la solidarité organisées depuis le XVe siècle. Mais celles-ci sont, dans le temps, toujours les plus fortes. C’est dans cette continuité que s’inscrit notre mobilisation pour la santé de toutes et tous.


























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