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« Je me fiche d’avoir de la visibilité si elle n’est pas adossée à un projet politique qui a du sens »

Mathilde Caillard, artiste et activiste de 28 ans. © Romane Decressonnière

Avec des millions de vues, l’hymne techno de MC danse pour le climat a fait le tour du monde. Mais l’unique obsession de Mathilde Caillard, cette artiste et activiste de 28 ans, est de faire bouger les idées.

« Lors des manifestations contre la réforme des retraites, en 2023, avec les membres de mon collectif, Planète Boum Boum, on avait décidé d’animer un cortège avec une grosse sono. J’ai commencé à danser sur de la techno en chantant : “Pas de retraités sur une planète brûlée.” Puis j’ai mis cette séquence en story… et la vidéo m’a totalement échappé : 180 millions de vues avec les reprises !

Mais je me fiche d’avoir de la visibilité si elle n’est pas adossée à un projet politique qui a du sens. Le but, c’est de faire effraction dans l’espace médiatique, afin de porter le plus loin possible les questions écologiques, antiracistes et de justice sociale. Et, pour ça, on utilise des outils qui nous ressemblent en détournant des “trends”, des gimmicks d’Internet. Pour intriguer aussi les journalistes, qui viennent nous voir afin de traiter des sujets, comme récemment avec les polluants éternels (PFAS).

Je viens d’un milieu très engagé. Mes parents étaient écolos et ma sœur et moi allions toujours avec eux en manif. Ils ont aussi soutenu les sans-papiers évacués de l’église Saint-Bernard à Paris, en 1996. Mon engagement personnel date des marches pour le climat, qui ont mobilisé les jeunes en 2018. J’ai rejoint un collectif, Alternatiba Paris. On a mené plein de campagnes, contre un projet d’échangeur routier à Bagnolet notamment, dont les travaux ont au final été interrompus. Là, j’ai pris conscience de la force qu’on avait ensemble. Je n’étais plus seule face aux nouvelles déprimantes, à ce sentiment d’impuissance totale. Le collectif m’a vraiment donné ce sentiment de pouvoir enfin agir. »