Les maladies du foie ne cessent de progresser en France et dans le monde. C’est le cri d’alarme que les hépatologues ont lancé, lors du 13e Congrès d’hépatologie, qui a eu lieu à Paris en janvier. Il est pourtant possible de les éviter grâce à un dépistage régulier (une simple prise de sang) et une bonne hygiène de vie.

C’est le message du Pr Patrick Marcellin, hépatologue à l’hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine) et organisateur du congrès.

Quelles sont les principales maladies du foie ?

Pr Patrick Marcellin Il y a plusieurs familles de maladies du foie : les hépatites, dont l’hépatite virale B (transmise à l’enfant lors de l’accouchement, ou entre adultes lors d’un rapport sexuel…) et l’hépatite C. Cette dernière est en baisse grâce à l’accès à de nouveaux traitements efficaces.

Les cirrhoses. Au moins 700 000 personnes en France auraient une cirrhose (virale ou alcoolique). La Nash, ou maladie du foie gras, liée au surpoids et à la malbouffe. Celle-ci est en constante augmentation partout dans le monde.

Le cancer du foie est souvent la dernière étape de maladies chroniques hépatiques. Il est en passe de devenir le premier cancer au monde.

Quelles sont les spécificités des maladies du foie ?

Pr Patrick Marcellin Le foie est un organe qui souffre en silence sans laisser apparaître de symptômes. Conséquence ? Les maladies sont détectées au bout de vingt ou trente ans, à un stade avancé. Un Français sur cinq est atteint d’une pathologie du foie et 10 000 à 15 000 en meurent chaque année.

L’Organisation mondiale de la santé (Oms) déclare que 25 % de la population mondiale présente une maladie du foie.

Que faire pour enrayer l’augmentation de ces maladies ?

Pr Patrick Marcellin D’abord, de l’information positive : toutes les maladies du foie ne sont pas forcément graves. De plus, c’est un organe qui se régénère.

Ensuite, il existe un vaccin inoffensif et efficace contre l’hépatite B (il n’est jamais trop tard pour se faire vacciner) et des traitements existent pour soigner l’hépatite C.

Les événements comme le Dry January ou Défi de janvier, est une bonne idée pour lutter contre l’alcoolisme et faire le point sur sa consommation d’alcool.

Sinon, un dépistage par un dosage systématique des transaminases lors des examens de routine, chez son médecin traitant, est une bonne façon de faire de la prévention. C’est une simple prise de sang remboursée par la Sécurité sociale. Le taux de ces enzymes dans le sang est proportionnel à la souffrance du foie. C’est un très bon signal d’alarme. Trop de transaminases signifie foie anormal. A partir de ces résultats, on peut mettre en place des stratégies pour se soigner.

Car plus on dépiste tôt, plus on a de chances d’avoir de très bon résultats dans le traitement des maladies du foie. Même le cancer du foie, avec les traitements d’immunothérapie et les nouveaux traitements, est d’un bon pronostic.

Je suis pour un dépistage systématique, à grande échelle, c’est une mesure de santé publique, simple, pour enrayer l’augmentation des hépatites et des cirrhoses.

Des conseils pour un foie en pleine forme ?

Pr Patrick Marcellin Limiter sa consommation d’alcool, mais aussi de sucre ou de graisse. La sédentarité, la mauvaise alimentation et le surpoids sont des facteurs aggravants. Les aliments riches en antioxydants, en minéraux (magnésium, calcium, phosphore, fer) et en vitamines (A, B et C) sont bénéfiques pour le foie. Par exemple : le chocolat noir, les noix, le lait (fromage de chèvre), le thé vert, les abats, les fruits rouges, le café. Ils permettent de le nettoyer des toxines et de le protéger des maladies hépatiques.