Gestes barrières et masques, tests, isolement des personnes contaminées… Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran ont annoncé les premières pistes stratégiques du déconfinement, en amont de la présentation d’un plan précis dans 15 jours.

« La vie à partir du 11 mai ne sera pas comme avant », a déclaré le Premier ministre, Edouard Philippe, insistant sur le fait que les Français devront mettre en place de nouvelles habitudes quotidiennes.

Alors que la date du déconfinement se rapproche, Edouard Philippe, accompagné du ministre de la Santé Olivier Véran, a tenu une conférence de presse pour annoncer les grandes lignes de la stratégie qui sera bientôt mise en place. Ils ont tenu à expliquer une nouvelle fois quels étaient les objectifs du confinement de deux mois imposé aux Français, le principal étant de ralentir l’épidémie pour ne pas submerger les services de réanimation. Edouard Philippe a rappelé que, en temps normal, il y a en France 5 000 lits de réanimation, occupés à hauteur de 85 %. Lorsque la crise s’est abattue sur le pays, la capacité hospitalière pour les malades graves du Covid-19 n’était donc que de 500 lits seulement. Une misère.

Le Premier ministre a tenu à saluer l’« exploit » de notre système hospitalier qui a permis de porter la capacité d’accueil en réanimation à 10 500 lits et ainsi d’affronter le pic de l’épidémie qui s’est situé à 7 100 malades en réanimation avant de redescendre à 5 800 aujourd’hui, un chiffre encore très élevé.

Les ministres se sont félicités de la manière dont les Français, dans leur très grande majorité, avaient respecté le confinement – 13,5 millions de contrôles ont été effectués, 800 000 infractions recensées -, entraînant une baisse drastique des déplacements.

S’il est aujourd’hui temps de déconfiner, les deux ministres ont insisté sur les principes qui vont guider demain leur stratégie : d’abord préserver la santé des Français, assurer ensuite la continuité de la vie de la nation en relançant l’économie.

En la matière, l’impact de la crise sera énorme. Elle devrait entraîner la plus forte récession en France et dans le monde depuis 1945, avec une croissance de – 8 %. Durant le confinement, l’activité économique a diminué de 36 %, de – 43 % dans l’industrie, – 88 % dans la construction et – 90 % dans l’hôtellerie et la restauration. 9 millions de Français sont aujourd’hui en chômage partiel pour un montant d’indemnisation de l’ordre de 24 milliards d’euros.

« Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus », a insisté le ministre de la Santé. Il continuera à circuler après le déconfinement, mais probablement moins fortement. Le confinement a, en effet, permis de ralentir sa propagation. Avant le 14 mars, le taux de transmission du virus était de l’ordre de 3 ou 4. C’est à dire qu’1 personne pouvait en contaminer 3 ou 4. Grâce au confinement, ce taux est passé à 0,6. C’est à dire que 10 personnes n’en contaminent que 6. L’objectif est que, à la date du déconfinement, ce taux soit toujours inférieur à 1. Pour autant, le virus continuera bel et bien à se propager car trop peu de personnes ont été immunisées – entre 2 et 6 millions de Français, selon les différentes études.

Olivier Véran l’a affirmé avec solennité : « Il n’y aura pas de vaccin avant 2021 et peut-être plus tard. Il n’y a à ce jour aucun traitement connu. Il ne reste qu’un seul instrument à notre disposition : la prévention. »

C’est pourquoi, pour limiter la circulation du virus, les gestes barrières devront impérativement continuer à s’exercer.

Des masques grand public

Les masques pourraient devenir obligatoires dans les transports publics. Il s’agirait de masques dits « grand public » qui pourraient être proposés très rapidement aux Français. Pour les produire, l’industrie textile a été été mobilisée sur tout le territoire. Elle en fournit aujourd’hui 8 millions par semaine, chiffre qui pourrait passer à 17 millions. Ces masques lavables et réutilisables entre 5 et 30 fois, qui ne sont ni des masques FPP2, ni des masques chirurgicaux, répondraient cependant à des normes destinées à éviter la projection de gouttelettes.

Télétravail

Le télétravail devra continuer pour tous les salariés qui le peuvent. Quand cela n’est pas possible, des règles d’organisation du travail devront être trouvées. La question du port du masque dans les entreprises devra également être posée.

Commerces

Un certain nombre de commerces pourraient rouvrir en respectant des consignes qui seront précisées, par exemple l’utilisation de gel hydro-alcoolique à l’entrée ou aux caisses, l’organisation de files à l’extérieur des magasin. Les cafés et restaurants resteront fermés jusqu’à nouvel ordre.

Ecoles

La réouverture des écoles sera progressive et les ministres sont restés flous sur le sujet. « Elles ne rouvriront pas comme avant », selon Edouard Philippe. C’est la seule certitude. Les premiers à rentrer devraient être les enfants des familles les plus fragiles – environ 5 à 10 % des élèves – en grand danger de décrochage. Des solutions devront aussi être aménagées, par exemple une alternance de classes avec des petits effectifs une semaine sur deux…

Les tests

Aujourd’hui 25 000 tests par jour sont réalisés. Ce nombre sera porté à 500 000 par semaine au moment du déconfinement. Ce sont les tests qui devraient permettre de casser les chaînes de transmission du virus en diagnostiquant les malades.

L’isolement

Il devra impérativement être mis en place dès qu’une personne aura été diagnostiquée positive. Ce confinement se fera au domicile de la personne si elle le souhaite. Mais cette éviction de la vie sociale entraînera obligatoirement un confinement des autres membres de la famille. Aussi des solutions de chambres d’hôtel avec suivi médical seront proposées aux malades en quarantaine.

Le tracking

Celui-ci sera immédiatement mis en place avec des équipes dédiées dès qu’une personne aura été testée positive afin de savoir avec qui elle a été en contact. Pour ce repérage, l‘utilisation d’application numérique pourrait être envisagée, uniquement sur la base du volontariat et avec des données sécurisées. Un réflexion aura lieu sur cette question le 28 avril à l’Assemblée et le 29 au Sénat.

Un droit de visite dans les Ehpad

Enfin, Olivier Véran a annoncé qu’après consultation avec les sociétés savantes, le confinement en chambre dans les Ehpad serait assoupli afin d’atteindre « un objectif d’équilibre entre sécurité et maintien du lien social ». De nouvelles recommandations vont être édictées proposant d’organiser un droit de visite pour les familles. Celui-ci devra émaner de la demande d’un résidant. Il sera extrêmement limité, encadré et ne permettra aucun contact physique avec la personne âgée. Le ministre a rappelé que des cas de coronavirus avaient été diagnostiqué dans 45 % des Ehpad et que la mortalité y demeurait élevée.