Face à l’épidémie Covid-19, l’association Médecins du Monde rappelle aux autorités publiques leur devoir de protection des publics en situation de grande précarité. De son côté l’Académie de Médecine demande des subventions exceptionnelles pour les associations.

Depuis le mardi 17 mars, la population est confinée sur tout le territoire français afin de freiner la progression de l’épidémie. Or ce confinement est impossible à mettre en œuvre pour les personnes qui n’ont pas de domicile. Il a également des conséquences très graves pour l’accès des personnes en précarité aux produits alimentaires et biens de première nécessité.

Pour pallier cette situation, Médecins du Monde a mis en place des actions prioritaires sur l’ensemble de la métropole, ainsi qu’à Mayotte et en Guyane, pour apporter l’aide nécessaire aux personnes exclues et éloignées du système de santé. Les équipes continuent leurs maraudes auprès des sans-abri, et des personnes migrantes, mais aussi des sorties en squats ou bidonvilles.

Accès difficile à la couverture maladie, absence d’interprétariat, refus de soins des personnes sous l’Aide Médicale d’Etat (AME), stigmatisation des plus pauvres… autant d’obstacles à l’accès aux soins auxquels font face les personnes vulnérables. S’ajoute à cela les conditions de vie précaires qui fragilisent leur santé et ne leur permettent souvent pas de respecter les gestes barrières. Médecins du Monde rappelle que 92% des personnes reçues dans ses centres d’accompagnement, de soins et d’orientation (CASO) vivent en habitat très précaire : à la rue, en bidonvilles, squats ou campement, ou en hébergement temporaire.

Pour le Dr. Philippe de Botton, Président de Médecins du Monde France : 

« Aujourd’hui, plus que jamais, notre rôle est de soigner, protéger, prévenir et informer. Il y a urgence à mettre à l’abri toutes les personnes à la rue et vivant sur des lieux de vie très précaires pour faire face à cette épidémie ».

L’association demande aux pouvoirs publics : 

  • Permettre un accès aux soins à tous.
  • Des solutions d’hébergement immédiat pour toutes les personnes à la rue, en bidonvilles et campements pour éviter la promiscuité. Une mise à l’abri immédiate dans des lieux permettant de respecter les mesures de confinement et d’assurer l’accès à des conditions d’hygiène suffisantes, avec réquisition de chambres d’hôtel.
  • Des campagnes d’information plus massives pour sensibiliser aux gestes barrières, ciblées vers les publics fragiles, à la rue, en bidonvilles et tout particulièrement pour les personnes qui ne maitrisent pas bien le français et qui ne peuvent être informées via les médias.
  • De rendre effectif l’accès de toutes et tous au système de santé : actions mobiles vers les publics les plus exclus, mettre fin aux obstacles administratifs d’accès à la couverture maladie pour rendre possible un accès universel au système de santé. 
  • L’abrogation du décret du 30 décembre 2019 : adoptée fin 2019, la mesure consistant à imposer un délai de carence pour les demandeurs d’asile pour l’accès à la PUMA était un non-sens en termes de santé des personnes et de santé publique, elle l’est d’autant plus aujourd’hui.
  • La prolongation automatique des droits pour les bénéficiaires de l’AME et la simplification des procédures d’accès à ce dispositif de manière durable, pour lutter efficacement contre le non-recours aux soins.
  • Des moyens humains et financiers, du matériel de protection adapté et suffisant, pour l’ensemble du personnel soignant et des personnes au contact du public.

De son côté l’Académie de médecine déclare : « urgent que dans le contexte de la pandémie, toutes les personnes sans-abri ou sans-papiers soient hébergées, nourries, informées, et accèdent gratuitement aux mesures préventives, à une prise en charge médicale en cas de symptômes, que ceux ou celles qui présentent des formes symptomatiques sévères puissent accéder à un test de dépistage et à une hospitalisation, ou aux services de réanimation». 

L’Académie nationale de Médecine recommande que les Permanences d’accès aux soins de santé, les associations humanitaires et les collectivités territoriales en charge de la sécurité sanitaire des personnes précaires bénéficient immédiatement de subventions exceptionnelles de l’Etat afin de pouvoir contribuer activement, sous forme d’information, de prélèvements, de moyens d’isolement, de traitements symptomatiques, à la réduction de la propagation du virus auprès des populations vulnérables. 

Les étrangers en quête de régularisation doivent accéder à une couverture médicale immédiate, gratuite, inconditionnelle, telle que le préconise le Rapport de l’Académie de Médecine du 26 février 2020.

Ces dispositions doivent inclure les prostituées, en particulier non francophones, en marge du système public ou même associatif. Les étrangers doivent bénéficier du maintien de leur droit à plaider leur séjour en France pendant la durée de fermeture des instances ad hoc (préfectures, OFPRA et CNDA). 
Le respect de ces personnes et de leurs droits contribuerait à la maîtrise de l’épidémie, estime l’institution.