Entretien. Cédric Volait, délégué Cgt santé des Alpes-de-Haute-Provence et de la région Paca, fait le point sur la crise sanitaire et les besoins en matière de politiques de santé.

Quelle est votre réflexion concernant la crise sanitaire actuelle et sa gestion par les pouvoirs publics ?

Cette crise met en avant le fait que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Nous le savions déjà avant, en ce qui concerne les clivages d’âge, de classe sociale et territoriaux. J’en veux pour preuve les directives limitant l’hospitalisation des personnes âgées. Nous savons que les chiffres sont largement sous-estimés. À titre d’exemple, l’agence Apm-News, agence de presse du secteur de la santé, a estimé récemment à 58 % le taux de surmortalité dans les Ehpad, ce qui confirme nos diagnostics. Cela met en avent des problèmes d’ordre éthique et d’organisation par le manque de matériel, de masques, d’équipement et de moyens. On nous dit que le problème a été réglé mais il manque toujours des masques FFP2, les surblouses jetables sont constamment réutilisées et le manque de matériel est toujours prégnant.

Quelle est la situation concrète dans les Alpes-de-Haute-Provence ?

Nous avons la chance d’être moins touchés par la pandémie qu’ailleurs. En revanche, quand un Ehpad est touché, le nombre de cas augmente très vite. A la Cgt, nous revendiquons le dépistage systématique dans tous les établissements. A Banon, ils ont testé tout le monde quand il ya eu un cas avéré mais pas de tests sur Forcalquier. Il aurait fallu faire des tests systématiques tant sur les résidants que sur le personnel. Et il faudrait que toutes les personnes contaminées soient systématiquement hospitalisées. Nous devrions avoir les moyens de le faire, puisque nous sommes l’un des dix départements les moins touchés. Mais avant la crise, nous n’avions que six lits de réanimation. Nous avons augmenté cette capacité dans la précipitation. Si nous venions à être touchés davantage, nous serions rapidement débordés.

Quelles devraient être les orientations à long terme ?

Une de nos revendications est de pérenniser les lits en réanimation qui ont été créés à l’occasion de la crise épidémique, une dizaine. Ensuite, il s’agit de rouvrir le service de nuit des urgences de Sisteron, où le premier cas de Covid-19 a été pris en charge et transféré ensuite sur Gap. Il s’agit de remettre en cause les logiques comptables d’enveloppe fermée qui prévalent actuellement dans notre système de santé. Les moyens doivent être calculés en fonctions des besoins et donner la priorité à l’humain : la crise sanitaire a mis en évidence les limites de cette logique purement comptable.

PROPOS RECUEILLIS PAR MORGAN TERMEULEN