
Médecins du monde a réagi aux nouvelles restrictions concernant l’accès à l’aide médicale de l’Etat (AME). De nombreuses associations de défense de l’accès aux soins dénoncent des attaques de l’Etat contre ce dispositif, qui permet aux personnes en situation irrégulière d’être prises en charge pour leurs soins.
Deux nouveaux décrets viennent encore de restreindre l’accès à l’Aide médicale de l’Etat (AME), un dispositif régulièrement attaqué par le gouvernement. Ces deux textes sont parus dimanche 8 février 2026 dans le Journal officiel. Signés deux jours plus tôt par le Premier ministre Sébastien Lecornu et par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, ces textes entreront en vigueur début mars.
Pris par décret, donc sans consultation du Parlement, ils compliquent encore les conditions d’accès à l’AME, qui permet aux personnes en situation irrégulière de bénéficier d’une couverture maladie. Le premier décret renforce la liste des pièces justificatives exigées pour déposer une demande. Tandis que le second élargit la liste des fonctionnaires habilités à consulter certaines données personnelles des demandeurs et bénéficiaires de l’AME.
Restreindre l’accès à l’AME, c’est priver des milliers de personnes de soins vitaux, mais aussi fragiliser l’ensemble du système de santé.
Aides
« Exclusion des plus vulnérables »
Médecins du monde a vivement réagi à la publication de ces décrets. Pour l’association médicale de solidarité internationale, il s’agit d’un nouveau durcissement des conditions d’accès à l’AME, dans un contexte déjà marqué par des attaques répétées contre le dispositif. « Le gouvernement reste sourd à nos alertes et, sous prétexte de “sécuriser” le dispositif, renforce en réalité l’exclusion des plus vulnérables. Plus d’un tiers des personnes que nous accueillons dans nos centres n’ont pas de pièce d’identité avec photo, pour cause de papiers perdus, volés, confisqués ou impossibles à renouveler », déplore Matthias Thibeaud, référent accès aux droits et à la santé de Médecins du monde, dans un communiqué de presse publié le 9 février.
Non-recours à l’AME
Selon l’association, ce durcissement va encore aggraver le véritable problème de l’AME : son non-recours déjà massif, en retardant ou en empêchant l’accès aux soins. D’après la dernière enquête parue sur le sujet, menée par l’Irdes en 2019, près de 49 % des personnes qui pourraient bénéficier de l’AME n’ont pas leurs droits ouverts. Or, pour les associations, ce non-recours risque encore de dégrader l’état de santé des personnes concernées, entraînant des conséquences directes en matière de santé publique. « Exclure aujourd’hui, c’est hospitaliser plus cher demain », insiste Médecins du monde dans son communiqué.
Fragiliser encore le système de santé
Les personnes privées de couverture maladie sont en effet plus exposées à des risques de maladies infectieuses, avec des répercussions potentielles sur l’ensemble de la population. Les organisations qui luttent pour le droit de tous à la santé sont nombreuses à dénoncer ces attaques.
Aides, association française de lutte contre le VIH et les hépatites virales, alertait déjà dans une communication publiée en septembre dernier. « Restreindre l’accès à l’AME, c’est priver des milliers de personnes de soins vitaux, mais aussi fragiliser l’ensemble du système de santé. Les conséquences seraient lourdes. Les épidémies ne connaissent pas de frontières : protéger une partie de la population, c’est protéger l’ensemble de la société. » Pourtant, l’AME est un dispositif « financièrement maîtrisé », rappellent les associations.
Systématiquement attaquée depuis sa création
En 2024, elle ne représentait que 0,5 % des dépenses de santé prévues par le budget de la Sécurité sociale, rappelle Aides dans sa communication. Pour les associations de défense du dispositif, ces décrets s’inscrivent dans une dynamique d’attaques répétées. Depuis sa création, au début des années 2000, l’aide médicale de l’Etat est systématiquement menacée d’être amoindrie par le gouvernement. Pour les associations, s’attaquer à ce dispositif constitue une atteinte directe aux principes de solidarité, d’universalité des soins et de santé publique.
« Françaises ou étrangères, avec ou sans papiers, les personnes déjà fragilisées par la crise du système de santé se retrouvent aujourd’hui en première ligne de ces attaques, et trop souvent désignées comme boucs émissaires. Cette stigmatisation détourne le regard des véritables causes : la dégradation des services publics, le manque de moyens et la complexité croissante de l’accès aux droits. En opposant les uns aux autres, on affaiblit ce qui fait la force de notre modèle social : la solidarité et l’universalité des soins », alerte ainsi Jean-François Corty, président de Médecins du monde.

























