Les troubles bipolaires ne sont pas une fatalité. « Il existe des facteurs déterminants sur lesquels, on peut essayer d’agir », explique Ophélia Godin, épidémiologiste et chercheur à la Fondation FondaMental.

Les Centres Experts Bipolaires, coordonnées par la Fondation FondaMental, ont suivi plus de 2 000 individus souffrant  de troubles bipolaires, pendant trois ans. Le but ? Identifier s’il existe des trajectoires différentes de la maladie et des facteurs associés à ces trajectoires comme par exemple l’obésité, le sommeil, les symptômes dépressifs… Le point sur ces travaux avec l’épidémiologiste, Ophélia Godin.

Quel est ce travail de recherche que vous avez mené ?

Ophélia Godin, épidémiologiste et chercheur à la Fondation FondaMental

Nous avons examiné les données d’une cohorte de 2351 individus souffrant de troubles bipolaires  suivis pendant 3 ans dans les Centres experts Bipolaire. Ces 10 centres experts FondaMental qui se trouvent dans toute la France accueillent des individus souffrant de troubles bipolaires pour une prise en charge globale et personnalisée de leur maladie psychique avec un bilan exhaustif réalisé par une équipe multidisciplinaire. Les paramètres étudiés chez ces individus, étaient à la fois cliniques (comorbidités psychiatriques, traitement psychotrope, adhésion au traitement, sommeil, symptômes psychiatriques…), biologiques (glycémie, hypercholestérolémie…), physiologiques (tension artérielle, poids…) et sociodémographiques (sexe, âge…).

Qu’avez-vous identifié chez ces patients ? 

O.G : nous avons étudié l’évolution des symptômes fonctionnels de la maladie bipolaire (facultés cognitives, fonctionnement social et professionnel…) et identifié 3 types de trajectoires différentes (altération fonctionnelle légère, sévère et amélioration fonctionnelle), mais aussi sept facteurs déterminants sur lesquels il est possible d’agir pour éviter une dégradation du fonctionnement de la personne au quotidien. Et, c’est très encourageant pour mieux comprendre l’évolution de la maladie mais surtout cette étude ouvre des perspectives pour améliorer le suivi des individus.

Quels sont ces facteurs ?

O.G : nous avons identifié des facteurs clairement aggravants, dans le parcours de certains individus comme: un traumatisme infantile, le chômage, un nombre plus élevé d’hospitalisations, des symptômes dépressifs, un surpoids ou une obésité, des troubles du sommeil et un nombre plus important de médicaments psychotropes prescrits initialement.

Quelles pistes thérapeutiques pour les malades ?

O.G : pour nous, il faut clairement aller vers une piste personnalisée en fonction du parcours de chaque individu. Car, la plupart de ces facteurs peuvent être modifiés et être l’objet de cibles thérapeutiques, même s’il faut rester prudent sur l‘interprétation des résultats et que ces stratégies devront d’abord être évaluées. Par exemple, un programme d’exercice physique pour traiter le surpoids, des

Psychothérapies telles que l’Emdr (eye movement desensitization and reprocessing) pour réduire l’impact de traumatismes infantiles, réduire la polymédication, améliorer les troubles du sommeil… Des pistes prometteuses et un espoir de prise en charge personnalisé pour les individus souffrant de trouble bipolaire.

A savoir

Les troubles bipolaires touchent plus d’un million de personnes en France. C’est une maladie grave qu’il est important de prendre en charge le plus tôt possible. Pourtant, dix ans est le nombre d’années pour la diagnostiquer.

Les symptômes sont des périodes prolongées d’augmentation de l’humeur et de l’énergie (appelées épisodes maniaques), suivies de périodes de diminution de l’humeur et de l’énergie (appelées épisodes dépressifs caractérisés).

Les conséquences sont souvent graves sur la vie quotidienne et peuvent aller même jusqu’à l’éviction sociale et professionnelle. Cette maladie peut être très handicapante dans la vie courante. Les patients ont souvent l’impression d’être incompris, ils se sentent coupables, sont en colère…